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Catherine Rollet (1942-2016) - In memoriam

Catherine Rollet est décédée des suites d’un cancer le 16 décembre 2016. Professeur émérite à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, elle était démographe de formation


Catherine Rollet est décédée des suites d’un cancer le 16 décembre 2016. Professeur émérite à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, elle était démographe de formation, comme en témoignent plusieurs de ses ouvrages La population du monde. 6 milliards… et demain ? (Larousse, 2004 et 2005) et Introduction à la démographie (Armand Colin, 2011).

Membre du conseil de l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population, elle avait eu la lourde tâche de présider le Comité international et le Comité national d’organisation du XXVe Congrès international de la population, qui s’est tenu à Tours en 2005. Plus récemment, elle avait participé avec enthousiasme à l’enquête pluridisciplinaire ELFE (Enquête Longitudinale Française depuis l’Enfance, auprès de 18 500 familles ayant eu un bébé en 2011), menée par 80 équipes de recherche, pour suivre une cohorte d’enfants de la naissance à l’âge adulte, afin de mieux comprendre comment l’environnement, l’entourage familial et les conditions de vie influencent leur développement et leur santé. Elle s’intéressait particulièrement à la construction sexuée du rapport au corps et à la santé dans les familles.

Elle était aussi une remarquable historienne de la petite enfance. Sa thèse magistrale La politique à l’égard de la petite enfance sous la Troisième République (Paris, Ined/Puf, 1990) reste, près de trente ans après sa rédaction, une grande synthèse et un outil de travail indispensable pour l’histoire de l’enfance aux XIXe et XXe siècles.

Ses nombreuses publications ultérieures ont approfondi plusieurs aspects de l’histoire institutionnelle et familiale de la petite enfance : l’invention des pouponnières (La Pouponnière de Porchefontaine. L’expérience d’une institution sanitaire et sociale, L’Harmattan, 1999, avec Virginie de Luca) ; les centres maternels (Les centres maternels : réalités et enjeux éducatifs d’hier et d’aujourd’hui, L’Harmattan, 1999, avec Pascale Donati, Suzanne Mollo et Alain Norvez) ; la mise en nourrice et ses mutations au début du XXe siècle ; la lutte contre la mortalité infantile et les rôles respectifs des mères et des médecins à propos des carnets de santé (Les carnets de santé des enfants, La Dispute, 2008).

Très ouverte à la pluridisciplinarité, elle animait depuis plus de vingt ans à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris un séminaire avec des anthropologues (Suzanne Lallemand, puis Doris Bonnet), intitulé "Regards croisés sur la petite enfance", dans lequel elle avait présenté récemment ses travaux sur le vécu du sevrage par les parents au tournant des XIXe et XXe siècles.

Son intérêt pour l’étude comparée des soins aux enfants dans différentes cultures l’avait conduite à m’entraîner dans la rédaction conjointe de l’ouvrage Des bébés et des hommes. Traditions et modernité des soins aux tout-petits (Albin Michel, 2000). L’année suivante, elle publiait un synthèse brillante destinée au grand public Les enfants au XIXe siècle ("La vie quotidienne", Hachette, 2001).

Elle était membre de la Société d’Histoire de la Naissance et souvent présente à nos séances et à nos colloques. Elle nous avait donné à Sablé en 2010 une belle communication sur "Les prématurés au XIXe siècle : entre humanisme et technique", reprise dans le volume collectif Accueillir le nouveau-né d’hier à aujourd’hui (Erès, 2013). En mars 2016, malgré sa maladie, elle avait participé avec joie à l’inauguration de l’exposition "L’Art et l’enfant" au musée Marmottan, dont elle avait rédigé une partie du catalogue.

Elle a eu le temps de terminer le manuscrit d’une biographie du sénateur Paul Strauss (1852-1942), ardent militant de l’hygiène et de la protection de l’enfance et des femmes en couches, soutien actif de l’allaitement maternel, des consultations de nourrissons et des familles nombreuses. Souhaitons que son manuscrit puisse trouver très vite un éditeur.

Catherine était une figure généreuse et chaleureuse, souvent enthousiaste. Elle était une chercheuse très active et une enseignante exceptionnelle, attentive à ses étudiants et toujours bienveillante envers ceux qui venaient la consulter. Elle nous manquera beaucoup.

Marie-France Morel