{"id":104,"date":"2018-02-27T16:22:36","date_gmt":"2018-02-27T15:22:36","guid":{"rendered":"http:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=104"},"modified":"2018-02-27T16:22:36","modified_gmt":"2018-02-27T15:22:36","slug":"un-homme-peut-il-etre-sage-femme-par-willy-belhassen","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=104","title":{"rendered":"Un homme peut-il \u00eatre sage-femme ? \tpar Willy Belhassen"},"content":{"rendered":"<div class=\"chapo\">\n<p><em>Texte de l\u2019 intervention de Willy Belhassen, sage-femme, lib\u00e9ral, \u00e0 la Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude de la S.H.N., le 19 Septembre 2009<\/em><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"texte\">\n<p>La profession de sage-femme a \u00e9t\u00e9 ouverte aux hommes en France en 1982, \u00e0 la suite d\u2019une directive europ\u00e9enne qui portait sur la non discrimination sexu\u00e9e dans toutes les professions. Avant cette date, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la formation ne leur \u00e9tait pas autoris\u00e9e et il fallait \u00eatre de sexe f\u00e9minin pour se pr\u00e9senter au concours d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019 \u00c9cole des Sages-femmes. Cette clause a disparu le 19 mai 1982.<\/p>\n<p>J\u2019ai pr\u00e9sent\u00e9 le concours l\u2019ann\u00e9e d\u2019ouverture, en 1982. A l\u2019\u00e9poque, j\u2019\u00e9tais en terminale et cherchais une orientation professionnelle. En feuilletant &#8221;\u00a0l\u2019 \u00c9tudiant\u00a0&#8220;, mon attention a \u00e9t\u00e9 attir\u00e9e par un paragraphe intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Messieurs les sages-femmes\u00a0\u00bb. Il y \u00e9tait indiqu\u00e9 que la France \u00e9tait en retard pour se mettre en conformit\u00e9 avec les dispositions du Trait\u00e9 de Rome, et qu\u2019il restait encore quelques mois avant le concours suivant pour supprimer la clause de sexe dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ce m\u00e9tier, ce qui allait permettre effectivement son ouverture aux hommes.<\/p>\n<p>J\u2019avais toujours pens\u00e9 que l\u2019accueil des enfants \u00e9tait une \u00e9tape importante, pour les parents certes, mais surtout pour l\u2019enfant et qu\u2019il devait \u00eatre possible d\u2019aider \u00e0 ce que la naissance se passe dans de bonnes conditions. A la lecture de ce texte, la sage-femme m\u2019a sembl\u00e9 \u00eatre une personne bien plac\u00e9e pour un accompagnement et un soutien dans ce temps de grossesse, de naissance et de d\u00e9but de la vie. J\u2019ai donc pass\u00e9 et r\u00e9ussi le concours d\u2019entr\u00e9e. En 1982, \u00e0 Paris, 1400 postulants environ se sont pr\u00e9sent\u00e9s, dont 10 gar\u00e7ons. Trois ont \u00e9t\u00e9 re\u00e7us, mais je suis le seul \u00ab\u00a0rescap\u00e9\u00a0\u00bb sur Paris de la premi\u00e8re promotion d\u2019hommes sages-femmes. Pour la petite histoire, il faut savoir que plusieurs jours avant la date des r\u00e9sultats, les journalistes ont commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019appeler\u2026<\/p>\n<p>La question d\u2019un homme sage femme mobilisait la r\u00e9flexion dans les ann\u00e9es 80-81, avant que le texte de loi ne modifie l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la profession. Elle se posait un peu partout dans les services, pour les gyn\u00e9cologues, pour les sages-femmes. Plus on avan\u00e7ait dans le temps avec cette probabilit\u00e9, plus cette question \u00e9tait soulev\u00e9e. On entendait des choses int\u00e9ressantes, comme des r\u00e9flexions de coll\u00e8gues sages-femmes\u00a0: &#8221;\u00a0Mais de toute mani\u00e8re, ce n\u2019est pas possible, parce qu\u2019ils n\u2019auront jamais la patience\u00a0&#8220;. C\u2019\u00e9tait \u00e9crit dans le marbre, les hommes ne sont pas patients et ne pourront donc jamais attendre le temps n\u00e9cessaire. Il y avait aussi le fait que c\u2019\u00e9tait une profession encore exclusivement f\u00e9minine, sp\u00e9cifique, historiquement li\u00e9e \u00e0 la femme. Beaucoup de coll\u00e8gues ont pendant quelques ann\u00e9es tent\u00e9 de d\u00e9fendre le bastion f\u00e9minin des sages-femmes et de la naissance, en s\u2019opposant de mani\u00e8re syst\u00e9matique \u00e0 ce que les hommes puissent exercer ce m\u00e9tier.<\/p>\n<p>Je suis donc arriv\u00e9 dans mon \u00c9cole, \u00e0 Suresnes, du haut de mes 18 ans. On m\u2019a expliqu\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une profession m\u00e9dicale, alors qu\u2019on l\u2019assimile fr\u00e9quemment \u00e0 une profession param\u00e9dicale. J\u2019ai rencontr\u00e9 assez peu de difficult\u00e9s dans mon int\u00e9gration, m\u00eame si pendant toutes mes ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 en observation permanente. Mon chemin est parcouru de petites anecdotes, comme le fait qu\u2019on m\u2019appelait par mon pr\u00e9nom alors que ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019usage, sur les vestiaires qui \u00e9taient uniquement f\u00e9minins, etc\u2026 qui illustrent bien la difficult\u00e9 d\u2019\u00e9volution des mentalit\u00e9s, y compris chez des coll\u00e8gues de m\u00eame \u00e2ge que moi. Pour les sages-femmes plus \u00e2g\u00e9es, cette int\u00e9gration des hommes sages-femmes repr\u00e9sentait un chamboulement de leur m\u00e9tier, mais c\u2019\u00e9tait moins prononc\u00e9 chez celles qui avaient entre 18 et 24 ans, car les hommes \u00e9voluent dans le monde de la naissance depuis longtemps, et cela fait trois si\u00e8cles que les premiers barbiers et barbiers chirurgiens sont arriv\u00e9s dans cet univers.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes sont pass\u00e9es. J\u2019avais mon service militaire \u00e0 faire et j\u2019ai eu des \u00e9changes de courriers assez extraordinaires avec le Minist\u00e8re de la D\u00e9fense. Ensuite, j\u2019ai travaill\u00e9 en h\u00f4pital pendant 4 ans, comme titulaire \u00e0 Antoine B\u00e9cl\u00e8re. D\u00e8s que l\u2019occasion s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e, en janvier 1989, je me suis install\u00e9 en lib\u00e9ral pour proposer l\u2019 \u00ab\u00a0accompagnement global\u00a0\u00bb, car pendant mes \u00e9tudes, je m\u2019\u00e9tais aper\u00e7u qu\u2019on ne pouvait pas consacrer beaucoup de temps aux personnes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. A l\u2019\u00e9poque, toutes mes coll\u00e8gues m\u2019ont trait\u00e9 de fou, m\u2019avertissant que je ne trouverai jamais de structure \u00e0 cause des gyn\u00e9cologues, et que m\u00eame si j\u2019 en trouvais une, les femmes ne viendraient jamais me voir. J\u2019ai tout de m\u00eame essay\u00e9 et je peux dire, vingt ans plus tard, que non seulement c\u2019est possible mais de plus, les femmes et les couples viennent tr\u00e8s souvent.<\/p>\n<p>Cette question \u00ab\u00a0Un homme peut-il \u00eatre sage femme\u00a0?\u00a0\u00bb est un vaste th\u00e8me. J\u2019aimerais pr\u00e9ciser \u00e0 nouveau que cette profession, forc\u00e9ment f\u00e9minine, est tr\u00e8s ancienne. Depuis toujours, tant que les femmes ont mis au monde des enfants, il y a eu des personnes qui \u00e9taient \u00e0 c\u00f4t\u00e9, aupr\u00e8s, aux alentours, pr\u00e9sentes pour faire en sorte que la naissance puisse se faire. Bien souvent, en effet, il s\u2019agissait de femmes. Mais nous savons que, dans certaines tribus, la femme qui va accoucher s\u2019exile au moment de la naissance, et les hommes du village forment un rempart pour emp\u00eacher le passage, par exemple des mauvais esprits. Ici, c\u2019est en fonction de croyances et d\u2019\u00e9l\u00e9ments culturels. Il y a \u00e9galement les rites de couvade. C\u2019est aussi une fonction de la sage-femme que d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente pour que la femme puisse mettre son b\u00e9b\u00e9 au monde aussi \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb que possible.<\/p>\n<p>De nos jours, personne ne s\u2019interroge sur les hommes gyn\u00e9cologues-obst\u00e9triciens, mais on se pose la question en ce qui concerne un homme sage-femme. Probablement parce que ce n\u2019est pas pareil d\u2019\u00eatre m\u00e9decin dans le cadre de la naissance que d\u2019\u00eatre sage-femme&#8230;<\/p>\n<p>Depuis trois si\u00e8cles, Morisseau (1637-1709) est consid\u00e9r\u00e9 par tous comme un obst\u00e9tricien. C\u2019\u00e9tait un chirurgien, \u00e0 l\u2019\u00e9poque du d\u00e9veloppement de la chirurgie, juste apr\u00e8s les barbiers. A cette \u00e9poque, les premiers hommes \u00e0 \u00eatre arriv\u00e9s dans la naissance ont tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00ab\u00a0sages-femmes en culottes\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0hommes sages-femmes\u00a0\u00bb, de mani\u00e8re tout \u00e0 fait p\u00e9jorative. Cela signifie qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u00e9j\u00e0, l\u2019arriv\u00e9e des hommes qui ont donn\u00e9 nos obst\u00e9triciens aujourd\u2019hui ne s\u2019est pas faite simplement, et c\u2019\u00e9tait s\u00fbrement hautement plus p\u00e9joratif encore que de nos jours.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la m\u00eame fonction d\u2019\u00eatre m\u00e9decin ou sage-femme, dans la mesure o\u00f9 il y a une dimension dans la profession des sages-femmes qui est de l\u2019ordre de l\u2019accompagnement et de la pr\u00e9sence, qui n\u2019est pas une dimension \u00ab\u00a0obligatoire\u00a0\u00bb, pourrait-on dire, lorsque l\u2019on est m\u00e9decin. Parfois, je m\u2019attire quelques foudres en disant que la raison d\u2019\u00eatre des m\u00e9decins, c\u2019est malgr\u00e9 tout d\u2019intervenir, qu\u2019on le veuille ou non\u00a0: ils sont arriv\u00e9s dans l\u2019histoire de la sant\u00e9 des gens, et notamment dans le cadre de la naissance, par la capacit\u00e9 d\u2019intervention technique. Ce n\u2019est absolument pas la raison d\u2019\u00eatre des sages-femmes, qui n\u2019ont pas attendu de disposer de techniques pour \u00eatre pr\u00e9sentes dans l\u2019accueil et dans l\u2019histoire des femmes comme des naissances. On se doute bien que la sage-femme ne fait pas exactement la m\u00eame chose que le m\u00e9decin. Actuellement, les cartes sont un peu brouill\u00e9es parce qu\u2019avec notre superbe \u00ab\u00a0technologisation\u00a0\u00bb des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, beaucoup confondent m\u00e9decin et sage-femme, comme s\u2019ils avaient la m\u00eame chose \u00e0 mettre en place. Je me souviens de l\u2019intervention d\u2019un assureur, il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es de cela, qui ne faisait absolument pas la diff\u00e9rence entre ce que les sages-femmes avaient \u00e0 faire et les m\u00e9decins\u00a0; c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose, \u00e0 la variante pr\u00e8s. Or ce n\u2019est pas le m\u00eame m\u00e9tier, ce ne sont pas les m\u00eames fonctions.<\/p>\n<p>La question du nom s\u2019est pos\u00e9e, \u00e9videmment. L\u2019 Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise, en 1982, a d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on utiliserait le terme sage-femme \u00e9galement pour les hommes, en disant \u00ab\u00a0hommes sages-femmes\u00a0\u00bb. Elle a aussi introduit \u00ab\u00a0ma\u00efeuticien\u00a0\u00bb dans la langue fran\u00e7aise, terme qui n\u2019existait pas et dont la d\u00e9finition est \u00ab\u00a0homme sage-femme\u00a0\u00bb. \u00catre un homme et avoir \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bbdans le nom de son m\u00e9tier semblait bizarre dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Une revue m\u00e9dicale a organis\u00e9 un concours et il y a dans les archives la liste de tous les noms qui \u00e9taient propos\u00e9s pour ce m\u00e9tier, soit une bonne cinquantaine. L\u2019 Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise a tranch\u00e9 en disant que le mot sage-femme signifiait avoir la connaissance (sage) et femme se rapportait aux femmes dont on s\u2019occupe. Mais ils ont malgr\u00e9 tout d\u00e9cid\u00e9 d\u2019introduire le terme \u00ab\u00a0ma\u00efeuticien\u00a0\u00bb, qui a mis du temps \u00e0 entrer dans les dictionnaires. A l\u2019\u00e9poque, on le trouvait uniquement dans le Robert, et le mot a \u00e9t\u00e9 introduit dans le Larousse il y a moins d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Ils ont jou\u00e9 sur les deux tableaux\u00a0: ils ont gard\u00e9 sage-femme, car c\u2019\u00e9tait coh\u00e9rent et ils ont aussi introduit ma\u00efeuticien. Le terme \u00ab\u00a0ma\u00efeutique\u00a0\u00bb refait son bonhomme de chemin puisque dans un certain nombre de textes, notamment sur la formation, il revient pour d\u00e9signer la profession de sage-femme.<\/p>\n<p>Un homme peut-il \u00eatre sage femme\u00a0? \u00c9videmment, la patience, l\u2019\u00e9coute, voire m\u00eame la tendresse, ne sont pas sp\u00e9cifiquement f\u00e9minines, de m\u00eame que la rigidit\u00e9 n\u2019est pas uniquement masculine. Il n\u2019y a pas de comp\u00e9tences sp\u00e9cifiquement masculines ou f\u00e9minines dans la relation \u00e0 l\u2019autre et dans le fait de pouvoir \u00eatre aupr\u00e8s de l\u2019autre, quelles que soient les circonstances.<\/p>\n<p>Cependant, je me suis demand\u00e9 si, historiquement parlant, l\u2019arriv\u00e9e des hommes dans la profession n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 un d\u00e9tonateur, pour les sages-femmes, pour repartir \u00e0 la recherche de leur identit\u00e9. En effet, au d\u00e9but de mon parcours, mes coll\u00e8gues me demandaient souvent pourquoi j\u2019avais choisi cette profession et avant de leur r\u00e9pondre, je leur retournais la question. C\u2019\u00e9tait \u00e9tonnant de voir la proportion de mes coll\u00e8gues femmes qui avaient choisi ce m\u00e9tier uniquement parce qu\u2019elles \u00e9taient femmes. Il leur semblait \u00e9vident que le fait d\u2019avoir un ut\u00e9rus, des organes g\u00e9nitaux f\u00e9minins, faisait d\u2019elles la candidate id\u00e9ale pour pouvoir accompagner les autres femmes dans leurs histoires de grossesse, de maternit\u00e9, voire de non maternit\u00e9. Le fait que je sois un homme et que j\u2019assume la m\u00eame fonction en a incit\u00e9 un certain nombre \u00e0 se demander pourquoi elles se satisfaisaient uniquement du fait d\u2019\u00eatre femme. Il y a une sorte de rivalit\u00e9 entretenue entre les hommes et les femmes, d\u00e8s les cours d\u2019\u00e9coles, qui ne prend absolument jamais en compte notre caract\u00e9ristique d\u2019\u00eatre humain. Nous sommes, hommes ou femmes, des \u00eatres humains et il me semble que cette valeur d\u2019\u00eatre humain est sup\u00e9rieure au simple fait d\u2019\u00eatre un homme ou une femme.<\/p>\n<p>Il y a donc une red\u00e9finition de la sage-femme. Pendant quelques ann\u00e9es, y compris dans la profession, on avait beaucoup de mal \u00e0 faire cesser l\u2019usage de \u00ab\u00a0profession \u00e0 comp\u00e9tence limit\u00e9e\u00a0\u00bb, car les praticiennes se comparaient sans cesse aux m\u00e9decins et que tout le monde avait d\u00e9cid\u00e9 que c\u2019\u00e9tait une comp\u00e9tence limit\u00e9e. Or, il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0profession m\u00e9dicale \u00e0 comp\u00e9tence d\u00e9finie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous subissons dans cette soci\u00e9t\u00e9 notre fonctionnement de soci\u00e9t\u00e9. Vous savez comme moi que dans les couples, l\u2019homme, est d\u2019une cat\u00e9gorie socio-professionnelle sup\u00e9rieure \u00e0 son \u00e9pouse dans presque tous les cas, et quand c\u2019est le contraire, il y a souvent de grosses difficult\u00e9s. Les gens ne le font pas volontairement. Ces sch\u00e9mas sont grav\u00e9s dans notre inconscient collectif et se reproduisent un peu tout seuls\u00a0; lorsque les gens en prennent conscience et tentent de fonctionner diff\u00e9remment, tout l\u2019entourage vient les recadrer. Prenons par exemple le fameux \u00ab\u00a0un gar\u00e7on, \u00e7a ne pleure pas\u00a0\u00bb. Quel petit gar\u00e7on en France peut dire qu\u2019on ne lui a jamais dit qu\u2019un gar\u00e7on ne pleurait pas\u00a0? Certaines familles font attention, mais la soci\u00e9t\u00e9 va s\u2019en charger. On a r\u00e9alis\u00e9 une \u00e9tude dans laquelle on montrait un b\u00e9b\u00e9 de quelques mois qui pleurait \u00e0 50 personnes en disant que c\u2019\u00e9tait un gar\u00e7on, et \u00e0 50 autres personnes en disant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fille. Qu\u2019ont dit les gens\u00a0? Ceux qui voyaient un \u00ab\u00a0gar\u00e7on\u00a0\u00bb ont dit\u00a0: il est dr\u00f4lement en col\u00e8re, et les autres ont dit\u00a0: elle a beaucoup de chagrin. On est tous \u00ab\u00a0victimes\u00a0\u00bb de cela, c\u2019est le moule dans lequel on a \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9, c\u2019est la raison pour laquelle les choses n\u2019\u00e9voluent pas plus rapidement.<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e des hommes dans ce m\u00e9tier \u00e9tait une sorte de paradoxe. Ce n\u2019\u00e9taient pas des hommes qui voulaient \u00eatre m\u00e9decins et qui auraient \u00e9chou\u00e9 en m\u00e9decine, mais des hommes qui voulaient \u00eatre dans cette dimension de pr\u00e9sence et d\u2019accompagnement de cet \u00e9v\u00e9nement, en ayant conscience que cela peut \u00eatre important pour les futurs parents, pour l\u2019enfant et de facto pour notre soci\u00e9t\u00e9, puisque beaucoup de choses se mettent en place dans le cadre de la naissance.<\/p>\n<p>On voit, incidemment, \u00ab\u00a0ma\u00efeutique\u00a0\u00bb s\u2019introduire pour d\u00e9signer la sage-femmerie en France. Personnellement, je n\u2019ai jamais revendiqu\u00e9 le changement de nom, ni milit\u00e9 en ce sens, trouvant peu respectueux de le faire simplement parce que quelques hommes arrivent dans la profession. N\u00e9anmoins, il y a dans l\u2019inconscient collectif une sorte d\u2019aspect un peu \u00ab\u00a0d\u00e9suet\u00a0\u00bb de la sage-femme. Les sages-femmes ont \u00e9norm\u00e9ment de difficult\u00e9s de reconnaissance \u00e0 tous les niveaux. Il y a une reconnaissance qu\u2019elles n\u2019ont pas r\u00e9clam\u00e9e et qu\u2019il est normal qu\u2019on ne leur donne pas, mais il y a \u00e9galement des choses qu\u2019elles r\u00e9clament et qu\u2019on ne leur donne pas. Or, cette probl\u00e9matique de reconnaissance, pour aussi absurde que cela puisse para\u00eetre, peut tr\u00e8s bien s\u2019articuler \u00e9galement autour d\u2019une terminologie. La ma\u00efeutique, c\u2019est Socrate, dont la m\u00e8re \u00e9tait sage femme, mais ma\u00efeuticien a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1982. L\u2019usage de ma\u00efeutique pour d\u00e9signer la grossesse physiologique et l\u2019accouchement physiologique est tr\u00e8s r\u00e9cent. Si la terminologie change, les sages-femmes doivent utiliser ce vecteur pour \u00eatre, dans notre soci\u00e9t\u00e9, r\u00e9ellement reconnues \u00e0 leur juste niveau, \u00e0 leur juste valeur, \u00e0 leur juste responsabilit\u00e9, ce qui n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 &#8211; mais c\u2019est utopique &#8211; je r\u00eave d\u2019un monde et d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la rivalit\u00e9 homme\/femme ne soit plus une rivalit\u00e9, mais une compl\u00e9mentarit\u00e9. J\u2019esp\u00e8re que les quelques hommes sages-femmes actuellement dans la profession r\u00e9ussissent ce dur pari au quotidien de faire en sorte que ce soit plut\u00f4t dans cette compl\u00e9mentarit\u00e9 et dans cette \u00e9mulation, dans cet int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir la m\u00eame chose sous des aspects diff\u00e9rents et que ce soit profitable par cons\u00e9quent \u00e0 tout le monde, aux patientes, aux b\u00e9b\u00e9s, aux conjoints et aussi \u00e0 la profession en elle-m\u00eame, pour qu\u2019elle devienne ce qu\u2019elle n\u2019aurait jamais d\u00fb cesser d\u2019\u00eatre, c\u2019est-\u00e0-dire une profession majeure dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Sans les personnes comp\u00e9tentes pour aider \u00e0 accueillir les humains, qu\u2019est ce qu\u2019une soci\u00e9t\u00e9\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte de l\u2019 intervention de Willy Belhassen, sage-femme, lib\u00e9ral, \u00e0 la Journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude de la S.H.N., le 19 Septembre 2009 La profession de sage-femme a \u00e9t\u00e9 ouverte aux hommes en France en 1982, \u00e0 la suite d\u2019une directive europ\u00e9enne qui portait sur la non discrimination sexu\u00e9e dans toutes les professions. Avant cette date, l\u2019acc\u00e8s \u00e0&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=104\">Continue<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":101,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/104"}],"collection":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=104"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":105,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/104\/revisions\/105"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}