{"id":109,"date":"2018-02-27T16:28:43","date_gmt":"2018-02-27T15:28:43","guid":{"rendered":"http:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=109"},"modified":"2018-02-27T16:28:43","modified_gmt":"2018-02-27T15:28:43","slug":"droit-des-femmes-a-disposer-de-leur-corps-est-ce-possible-quand-on-accouche-par-selina-kyle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=109","title":{"rendered":"Droit des femmes \u00e0 disposer de leur corps. Est-ce possible quand on accouche ? par Selina Kyle"},"content":{"rendered":"<p><em>Selina Kyle est fondatrice du GRENN (Groupe Radical des Excit\u00e9es de la Naissance Naturelle).<\/em><\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Les origines du GRENN<\/h3>\n<p>Le GRENN, cr\u00e9\u00e9 le 1er avril 2008, est constitu\u00e9 de femmes pour la plupart d\u2019horizons divers, aussi bien culturellement que g\u00e9ographiquement. Certaines sont m\u00e8res, d\u2019autres pas, d\u2019autres encore n\u2019envisagent m\u00eame pas de le devenir. Nous b\u00e9n\u00e9ficions aussi de la contribution d\u2019hommes qui, comme nous, ne sont pas tous impliqu\u00e9s dans le milieu de la p\u00e9rinatalit\u00e9, mais qui soutiennent notre combat. On retrouve donc chez les \u00ab\u00a0D\u00e9cha\u00een\u00e9es\u00a0\u00bb un m\u00e9lange de solidarit\u00e9, une \u00e9nergie cr\u00e9atrice et surtout une expression tr\u00e8s libre.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Mode de fonctionnement<\/h3>\n<p>Nous fonctionnons comme un groupe informel et inconstant, donc non constitu\u00e9 sous forme d\u2019association, et nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inspir\u00e9es par un documentaire qui est pass\u00e9 sur Canal +, intitul\u00e9 &#8220;Les nouveaux contestataires &#8220;, o\u00f9 il \u00e9tait question de groupes comme &#8220;G\u00e9n\u00e9ration Pr\u00e9caire &#8220;, ou &#8220;Jeudi Noir&#8221;, des groupes de jeunes qui parlaient de la difficult\u00e9, pour un jeune, de trouver un appartement par exemple. Je reprendrai certains de leurs mots. L\u2019un d\u2019eux avait dit qu\u2019il avait envie de &#8221; sortir du sch\u00e9ma qu\u2019on avait trac\u00e9 pour lui et de reconstruire de l\u2019id\u00e9al &#8220;, ce qui nous avait beaucoup touch\u00e9es. Il \u00e9tait question aussi de joindre l\u2019utile \u00e0 l\u2019agr\u00e9able en int\u00e9grant du fun dans la d\u00e9marche militante et de se faire voir pour se faire entendre. Nous avions donc un message s\u00e9rieux, mais qui surprenait par sa fra\u00eecheur et son c\u00f4t\u00e9 d\u00e9cal\u00e9, avec des jeunes qui par exemple s\u2019incrustaient dans des manifs en \u00e9tant d\u00e9guis\u00e9s, ou qui faisaient une f\u00eate improvis\u00e9e dans un appartement propos\u00e9 \u00e0 la location \u00e0 prix totalement prohibitif\u2026<\/p>\n<p>Nous avons de la m\u00eame mani\u00e8re chez les \u00ab\u00a0D\u00e9cha\u00een\u00e9es\u00a0\u00bb une grande libert\u00e9 dans l\u2019engagement, chacun apportant son temps, son \u00e9nergie et ses id\u00e9es, quand il peut et quand il le souhaite.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0D\u00e9cha\u00een\u00e9es\u00a0\u00bb se distinguent donc par la mani\u00e8re dont elles expriment leur message, osant le coup de gueule, se permettant d\u2019exasp\u00e9rer, de d\u00e9ranger, voire m\u00eame de d\u00e9plaire franchement, aux seules fins de provoquer une r\u00e9flexion, d\u2019attirer l\u2019attention sur un probl\u00e8me qui nous para\u00eet majeur, \u00e0 savoir le non respect des femmes, la mani\u00e8re dont elles sont priv\u00e9es de la libert\u00e9 de disposer de leur corps et l\u2019infantilisation dont elles sont souvent victimes quand elles sont enceintes ou qu\u2019elles accouchent. Pour que notre col\u00e8re soit entendue, il fallait l\u2019exprimer d\u2019une mani\u00e8re surprenante, qui capte l\u2019attention. Nous avions envie de nous amuser et d\u2019essayer de briser les r\u00e9sistances par le rire. C\u2019est donc l\u2019alliance de l\u2019humour, de l\u2019autod\u00e9rision, de l\u2019effronterie et de l\u2019inconvenance, exprim\u00e9es dans le cadre d\u2019une d\u00e9marche artistique, qui font la griffe des \u00ab\u00a0D\u00e9cha\u00een\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Motivations<\/h3>\n<p>Parmi nos motivations, il y a le dossier des Maisons de Naissance, la probl\u00e9matique de l\u2019accouchement \u00e0 domicile en France, l\u2019\u00e9thique de la relation patient\/soignant, ainsi qu\u2019une r\u00e9flexion f\u00e9ministe sur l\u2019accouchement.<\/p>\n<p>Je passerai aussi en d\u00e9tail nos ambitions, parmi lesquelles interpeller massivement les femmes, user d\u2019une totale libert\u00e9 de parole et de ton, interpeller les soignants ainsi que le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et plus largement les politiques.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur qui nous a pouss\u00e9es \u00e0 l\u2019action, c\u2019est la mascarade \u00e0 laquelle on assiste en France sur le dossier des \u00ab\u00a0Maisons de Naissance\u00a0\u00bb, r\u00e9clam\u00e9es par de nombreuses femmes et sages-femmes comme alternative \u00e0 l\u2019accouchement en milieu hospitalier. Ce mod\u00e8le existe dans d\u2019autres pays\u00a0: il y en a par exemple plus de 120 en Allemagne, il y en a en Belgique, en Suisse, en Autriche. Non seulement on nous les refuse, mais on trouverait de bon go\u00fbt d\u2019appeler \u00ab\u00a0Maisons de Naissance\u00a0\u00bb des espaces d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la physiologie situ\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, au sein d\u2019une maternit\u00e9. En apprenant cela, on a vraiment compris qu\u2019on se moquait de nous et que cela risquait de prendre encore des ann\u00e9es avant que les femmes fran\u00e7aises puissent b\u00e9n\u00e9ficier de la m\u00eame libert\u00e9 de choix que leurs voisines europ\u00e9ennes. On nous avait pourtant laiss\u00e9 entrevoir la possibilit\u00e9 d\u2019obtenir des \u00ab\u00a0Maisons de Naissance\u00a0\u00bb, puisque M.\u00a0Kouchner en parlait d\u00e9j\u00e0 en 1998, disant qu\u2019elles seraient \u00e9tablies sur le mod\u00e8le allemand, et que M.\u00a0Douste-Blazy, sur un plateau de t\u00e9l\u00e9vision en 2005, en citant le plan p\u00e9rinatalit\u00e9 2005\/2007, affirmait qu\u2019il en ouvrirait. Nous sommes en 2009\u00a0: toujours rien.<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9part, il semblait difficile de s\u2019affranchir d\u2019une condition imp\u00e9rative pour le Coll\u00e8ge National des Gyn\u00e9cologues Obst\u00e9triciens ainsi que pour le minist\u00e8re de la Sant\u00e9\u00a0: la proximit\u00e9 avec un bloc obst\u00e9trical. Au fil du temps, cette proximit\u00e9 s\u2019est pr\u00e9cis\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0non s\u00e9par\u00e9e par une voie de circulation et ne n\u00e9cessitant pas de transport motoris\u00e9 en cas de transfert.\u00a0\u00bb On nous offrait tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reusement des p\u00f4les physiologiques ou acc\u00e8s \u00e0 plateaux techniques pour sages-femmes lib\u00e9rales en les baptisant Maisons de Naissance, le but \u00e9tant toujours et encore de refuser un accompagnement m\u00e9dical aux femmes qui souhaitent accoucher hors de l\u2019h\u00f4pital, qui pour certaines est un environnement anxiog\u00e8ne.<\/p>\n<p>M\u00eame quand ces \u00ab\u00a0Maisons de Naissance\u00a0\u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise existeront &#8211; et ce n\u2019est pas gagn\u00e9 &#8211; les femmes fran\u00e7aises qui veulent accoucher en \u00ab\u00a0Maison de Naissance\u00a0\u00bb continueront \u00e0 traverser les fronti\u00e8res et \u00e0 le payer au prix fort, puisque la Caisse d\u2019Assurance Maladie Maternit\u00e9 \u00e0 laquelle elles ont cotis\u00e9 refuse de rembourser les accouchements qui se sont d\u00e9roul\u00e9s dans des structures &#8220;ne correspondant pas aux exigences du syst\u00e8me fran\u00e7ais&#8221;.<\/p>\n<p>En France, il reste deux projets, Lyon et Pau. Pour Lyon, les locaux qui pourraient \u00eatre am\u00e9nag\u00e9s sont \u00e0 250 m\u00e8tres d\u2019une maternit\u00e9. La particularit\u00e9 de Pau, c\u2019est que la Maison de Naissance existe d\u00e9j\u00e0, ils ne demandent m\u00eame pas de financement, ils ont juste besoin d\u2019une autorisation pour fonctionner.<\/p>\n<p>L\u2019accouchement \u00e0 domicile n\u2019est pas interdit, pas dans les textes effectivement. Il existe n\u00e9anmoins diff\u00e9rents moyens pour dissuader les femmes de faire ce choix. D\u2019abord par une information quasi inexistante ou d\u00e9loyale sur le sujet, l\u2019accouchement \u00e0 domicile n\u2019\u00e9tant jamais, ou tr\u00e8s rarement, pr\u00e9sent\u00e9 comme une option parmi d\u2019autres pour un accouchement \u00e0 bas risque. Ensuite, par l\u2019impossibilit\u00e9 pour les sages-femmes lib\u00e9rales exer\u00e7ant \u00e0 domicile de contracter une assurance pour cette activit\u00e9. Vient ensuite la faible r\u00e9mun\u00e9ration, qui ne prend absolument pas en compte le temps que passe une sage-femme au domicile de la patiente qui accouche, ses consultations qui sautent et l\u2019impact sur la vie de famille. Je citerai \u00e9galement la formation initiale des sages-femmes qui ne les pr\u00e9pare absolument pas \u00e0 s\u2019engager dans ce type de voie. L\u2019offre est donc peu importante\u00a0: une soixantaine de sages-femmes toujours d\u00e9bord\u00e9es de demandes.<\/p>\n<p>Pour finir, le co\u00fbt d\u2019un accouchement \u00e0 domicile est souvent \u00e9lev\u00e9, des d\u00e9passements d\u2019honoraires parfois importants venant se greffer sur la maigre contribution vers\u00e9e \u00e0 la sage femme pour l\u2019accouchement, \u00e0 peu pr\u00e8s 350 euros. Il y donc plusieurs freins\u00a0: l\u2019information, la faiblesse multifactorielle de l\u2019offre et le co\u00fbt.<\/p>\n<p>On constate n\u00e9anmoins que des femmes et des couples, d\u2019origine parfois modeste, sont pr\u00eats \u00e0 d\u00e9bourser des centaines d\u2019euros de leur poche, ce qui laisse imaginer \u00e0 quel point ils tiennent \u00e0 \u00e9viter la prise en charge hospitali\u00e8re. Certains vont accoucher dans d\u2019autres pays ou font appel \u00e0 des sages-femmes ou m\u00e9decins allemands ou belges pour un accouchement \u00e0 domicile, sans pouvoir parfois obtenir de remboursement de la Caisse de S\u00e9curit\u00e9 Sociale, ce qui d\u00e9note bien une pression suppl\u00e9mentaire pour ramener les brebis \u00e0 la bergerie. Il y a eu des cas o\u00f9 l\u2019accouchement \u00e0 domicile s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 en France avec un praticien belge ou allemand, et il n\u2019y a pas eu de remboursement par la Caisse de S\u00e9curit\u00e9 Sociale, car certaines formalit\u00e9s administratives n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 correctement effectu\u00e9es par le praticien.<\/p>\n<p>Notre r\u00e9volte a \u00e9t\u00e9 \u00e0 son comble quand nous avons constat\u00e9 que de nombreuses femmes envisageaient d\u2019accoucher seules chez elles sans assistance m\u00e9dicale, non par choix, mais par d\u00e9pit de ne trouver aucune alternative \u00e0 l\u2019accouchement en structure hospitali\u00e8re. C\u2019est d\u2019ailleurs pour cela que nous avons fait notre Manifeste en faveur du droit \u00e0 l\u2019accouchement \u00e0 domicile accompagn\u00e9 par une sage-femme. Nous avons aujourd\u2019hui plus de 2960 signatures et plus de 630 soutiens. Nous avions souhait\u00e9 alerter le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et les professionnels sur ce qui nous para\u00eet \u00eatre un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique. Sans suite. Ces femmes n\u2019int\u00e9ressent visiblement pas grand monde.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Le lieu de l\u2019accouchement<\/h3>\n<p>Toutes les femmes sont donc le plus souvent contraintes d\u2019accoucher \u00e0 l\u2019h\u00f4pital si elles veulent un accompagnement m\u00e9dical pour intervenir en cas de probl\u00e8me. Nous pensons que si le lieu importe pour elles, il faut pouvoir l\u2019entendre, non seulement pour que l\u2019accouchement ait de meilleures chances de bien se d\u00e9rouler, mais surtout pour qu\u2019elles puissent vivre pleinement et intens\u00e9ment ce moment si rare et pr\u00e9cieux, cet \u00e9v\u00e9nement intime qu\u2019est une naissance. En effet, quand une femme choisit un lieu pour mettre son b\u00e9b\u00e9 au monde, c\u2019est sa culture qui s\u2019exprime, mais aussi son histoire, son v\u00e9cu. Refuser de r\u00e9pondre \u00e0 la demande d\u2019accouchement hors structure hospitali\u00e8re, c\u2019est ne pas respecter l\u2019\u00eatre humain dans son int\u00e9gralit\u00e9 et vouloir imposer les valeurs d\u2019un syst\u00e8me \u00e0 un individu. C\u2019est aussi violent, \u00e0 nos yeux, qu\u2019imposer \u00e0 une femme qui souhaite accoucher \u00e0 l\u2019h\u00f4pital sous p\u00e9ridurale un accouchement \u00e0 domicile sans antalgiques. Dire que le lieu importe peu pour imposer l\u2019accouchement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, c\u2019est nier \u00e0 une femme le droit d\u2019exprimer une sensibilit\u00e9 qui lui est propre, c\u2019est la stigmatiser et vouloir la reformater. C\u2019est oublier que le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 est quelque chose de tr\u00e8s subjectif, mais aussi de tr\u00e8s profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans l\u2019\u00eatre, l\u2019\u00e9manation de peurs et d\u2019envies qu\u2019on n\u2019efface pas en changeant la d\u00e9coration d\u2019une salle d\u2019accouchement. C\u2019est aussi occulter le fait qu\u2019\u00e0 un lieu sont li\u00e9es des personnes et des pratiques.<\/p>\n<p>Il r\u00e9sulte de cette absence de r\u00e9ponse \u00e0 la demande d\u2019accouchement hors structure hospitali\u00e8re une situation inconfortable, autant pour ces femmes que pour les soignants. Ces femmes, tr\u00e8s inform\u00e9es, avec une id\u00e9e tr\u00e8s claire de ce qu\u2019elles veulent et de ce qu\u2019elles ne veulent pas, d\u00e9barquent \u00e0 la maternit\u00e9 en r\u00e9clamant qu\u2019on respecte la mani\u00e8re dont elles envisagent de vivre la naissance de leur enfant, et que le soignant ne leur impose pas le kit de prise en charge traditionnel. Se sentant en terrain hostile, confront\u00e9es aux sacro-saints protocoles auxquels il est parfois tellement simple de dire qu\u2019on ne peut pas d\u00e9roger, elles se retrouvent en situation conflictuelle avec l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale, encore plus quand elles osent citer des recommandations professionnelles ou des \u00e9tudes scientifiques pour appuyer leurs demandes. Ces femmes ne sont pas en mesure de se battre le jour de l\u2019accouchement, moment o\u00f9 la relation de pouvoir s\u2019exprime au plus fort\u00a0; nous sommes par contre en mesure de nous battre pour elles pour exiger que leur choix soit respect\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019information est souvent trouv\u00e9e sur Internet, sur des sites consacr\u00e9s \u00e0 la grossesse ou \u00e0 l\u2019accouchement, ou sur des forums. Cette information recueillie par la femme a souvent du mal \u00e0 \u00eatre \u00e9chang\u00e9e avec le soignant, qui souvent n\u2019estime pas qu\u2019une profane puisse avoir le droit de lui dicter la mani\u00e8re dont un accouchement doit \u00eatre g\u00e9r\u00e9 et qui n\u2019est pas dispos\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9carter de sa pratique quotidienne, ni bien souvent de mettre en question sa formation ou ses habitudes. M\u00eame le projet de naissance, qui devait instaurer un dialogue aux fins de permettre \u00e0 la femme de se r\u00e9approprier son accouchement, est fr\u00e9quemment l\u2019occasion d\u2019exprimer la relation de pouvoir qui peut exister entre cette femme, son \u00e9ventuel conjoint et le soignant. Certaines sont sorties en pleurs de cet entretien, leur projet de naissance ratur\u00e9 \u00e0 l\u2019encre rouge et une fin de non-recevoir pour la plupart de leurs demandes.<\/p>\n<p>Nous nous sommes pench\u00e9es sur l\u2019\u00e9thique de la relation patient\/soignant, encore tr\u00e8s souvent verticale, le soignant opposant son savoir \u00e0 la pr\u00e9tendue ignorance de la femme et \u00e9tant plus ou moins dispos\u00e9 \u00e0 tenir compte de ses demandes. Cela peut passer par une infantilisation, un chantage affectif ou des railleries. Cette relation de pouvoir se manifeste dans les attitudes et les propos, qui peuvent donner \u00e0 la femme un sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 ou d\u2019incomp\u00e9tence, ce qui n\u2019est pas sans cons\u00e9quences sur la mani\u00e8re dont elle va se positionner par rapport \u00e0 son enfant. Quand on a le sentiment d\u2019\u00eatre incomp\u00e9tente pour mettre son b\u00e9b\u00e9 au monde, tr\u00e8s logiquement, parfois, on se sent incomp\u00e9tente pour s\u2019en occuper.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 une femme franchit le seuil de la maternit\u00e9, elle est priv\u00e9e de tout droit sur son corps. Ne lui sont permises que les choses qui recueillent l\u2019assentiment des soignants\u00a0; lui sont interdits tous les actes qui semblent incongrus aux soignants. Ceci est d\u2019autant plus choquant \u00e0 nos yeux qu\u2019on parle d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne physiologique qui sera sans complications dans la plupart des cas et non d\u2019une pathologie. C\u2019est le corps de la femme qui sait, et c\u2019est elle qui sent, physiquement et psychiquement. Ce savoir inn\u00e9 n\u2019a toutefois pas grande valeur aux yeux du corps m\u00e9dical. L\u2019accouchement ayant \u00e9t\u00e9 mod\u00e9lis\u00e9, tout ce qui s\u2019\u00e9carte d\u2019une norme devient suspect et entra\u00eene un geste de la part du soignant, une contrainte sur le corps. Concernant ces gestes, bien souvent on ne cherche pas \u00e0 obtenir le consentement \u00e9clair\u00e9 de la patiente, parce qu\u2019on ne veut pas prendre le temps de lui expliquer quelque chose dont on estime qu\u2019elle n\u2019en saisira pas forc\u00e9ment la port\u00e9e, mais surtout parce que le faire est d\u2019autant plus inutile qu\u2019on n\u2019est pas dispos\u00e9 \u00e0 agir autrement. Nous souhaitons amener les femmes \u00e0 se r\u00e9approprier leur corps et leur accouchement, \u00e0 s\u2019interroger, \u00e0 tenter d\u2019imaginer ce qu\u2019elles pourraient gagner en s\u2019y impliquant davantage, quitte \u00e0 se positionner contre ce qu\u2019on veut leur imposer et \u00e0 manifester leurs exigences.<\/p>\n<p>Vient ensuite la r\u00e9flexion f\u00e9ministe, et pour illustrer mon propos, je vais prendre deux exemples extr\u00eames. Le premier est celui d\u2019une femme qui refuse la pose d\u2019une voie veineuse. Celle que la plus ouverte des sages-femmes hospitali\u00e8res mettra sans nul doute dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0extr\u00e9miste de la naissance naturelle\u00a0\u00bb et qui lui fera certainement dire que cette femme n\u2019a qu\u2019\u00e0 rester chez elle. Quand on s\u2019arr\u00eate sur cet exemple, on constate que c\u2019est avant tout la peur du soignant qui s\u2019exprime et que, d\u2019autre part, le soignant estime a priori la femme irresponsable, n\u2019ayant pas conscience des cons\u00e9quences f\u00e2cheuses que son choix pourrait impliquer. Nous posons donc la question\u00a0: et si on s\u2019int\u00e9ressait aux avantages que cela repr\u00e9sente pour cette femme ainsi qu\u2019aux effets positifs g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le respect de cette demande, instaurant d\u00e8s lors une relation de confiance entre la patiente et le soignant qui facilitera les \u00e9ventuels gestes m\u00e9dicaux qui pourraient s\u2019imposer si cela tournait mal\u00a0? La position du soignant est ici contradictoire. Cette femme est venue en milieu hospitalier pour b\u00e9n\u00e9ficier de ses comp\u00e9tences en cas de souci, elle n\u2019est donc absolument pas oppos\u00e9e \u00e0 ce que la naissance de son b\u00e9b\u00e9 soit m\u00e9dicalis\u00e9e si cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire. L\u2019incapacit\u00e9 du soignant \u00e0 accompagner cette femme selon ses d\u00e9sirs, en lui laissant endosser la responsabilit\u00e9 de ses choix, peut perturber le d\u00e9roulement de l\u2019accouchement en mettant la femme en obligation de se battre pour se faire respecter, et dans cette configuration, les femmes ont rarement le dessus et en ressortent parfois profond\u00e9ment meurtries.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me exemple concerne \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 une femme qui demande pr\u00e9cocement une p\u00e9ridurale d\u00e8s que \u00e7a pince\u00a0; elle ne veut rien savoir ni du ballon, ni des positions antalgiques. La femme \u00e0 laquelle on reproche parfois de ne pas savoir se prendre en charge, quand on ne la traite pas tout bonnement de gamine parce qu\u2019elle en fait trop, manifeste une douleur d\u2019une mani\u00e8re jug\u00e9e \u00ab\u00a0exag\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb. La fameuse patiente en d\u00e9but de travail qui est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s algique, qui exasp\u00e8re. Alors qu\u2019on nous impose le mod\u00e8le de l\u2019accouchement sous p\u00e9ridurale comme \u00e9tant le nec plus ultra depuis des ann\u00e9es, alors qu\u2019on nous dit que c\u2019est m\u00eame plus s\u00fbr en cas de n\u00e9cessit\u00e9 de recourir \u00e0 une c\u00e9sarienne \u2013 c\u2019est aujourd\u2019hui un accouchement sur 5 qui finit en c\u00e9sarienne \u2013 , alors que parfois m\u00eame la consultation anesth\u00e9sique est l\u2019occasion d\u2019orienter ou d\u2019asseoir le choix de la patiente en sa faveur, alors qu\u2019on nous a rab\u00e2ch\u00e9 qu\u2019il ne servait \u00e0 rien de souffrir\u00a0: comment ne pas comprendre que des femmes ne voient pas la moindre utilit\u00e9 \u00e0 se frotter \u00e0 des sensations d\u00e9sagr\u00e9ables\u00a0? Alors qu\u2019on leur pr\u00e9sente les douleurs de l\u2019accouchement comme \u00e9tant tellement horribles qu\u2019accoucher sans p\u00e9ridurale est insens\u00e9, comment ne pas comprendre que certaines soient mortifi\u00e9es d\u00e8s qu\u2019elles en \u00e9prouvent les pr\u00e9mices\u00a0? L\u00e0 encore, la sensibilit\u00e9 du soignant est mise en opposition avec celle de la patiente et est parfois l\u2019occasion de brimades. Aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019une patiente a mal et demande \u00e0 \u00eatre soulag\u00e9e de sa douleur, on est dans l\u2019obligation de r\u00e9pondre \u00e0 sa demande. Ce n\u2019est pas le sentiment du soignant qui prime, c\u2019est le ressenti de la femme qui accouche. Si nous avons choisi d\u2019appeler notre groupe le GRENN, Groupe Radical des Excit\u00e9es de la Naissance Naturelle, c\u2019est avant tout par sens de l\u2019autod\u00e9rision et de la provocation, absolument pas pour imposer un mod\u00e8le d\u2019accouchement naturel. Accoucher sans analg\u00e9siques doit rester un acte volontaire, il ne saurait \u00eatre contraint. Personne ne peut se porter juge de ce qui est tol\u00e9rable ou pas \u00e0 un \u00eatre humain.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine s\u2019est totalement accapar\u00e9 l\u2019accouchement. La plupart des femmes, profanes parmi les profanes, n\u2019ont aucun mot \u00e0 dire sur la mani\u00e8re dont on va diriger les choses pour elles, le seul choix qui leur est laiss\u00e9 est parfois celui du CD qu\u2019elle pourront \u00e9couter en salle d\u2019accouchement. Dans d\u2019autres endroits, r\u00e9put\u00e9s comme \u00e9tant plus ouverts \u00e0 la physiologie, elles peuvent choisir parmi un \u00e9ventail de possibilit\u00e9s jug\u00e9es convenables par la maternit\u00e9. Mais force est de constater que les femmes peuvent d\u00e9ranger, autant quand elles se soumettent trop que lorsqu\u2019elles remettent le syst\u00e8me en question. Ce n\u2019est pas le monde m\u00e9dical qui s\u2019adapte \u00e0 la patiente, c\u2019est la patiente qui va devoir faire selon la sensibilit\u00e9 du soignant qu\u2019elle va rencontrer. Ceci est pour nous inacceptable et d\u00e9note un grave probl\u00e8me de formation, une absence de r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9thique de la relation patient\/soignant. S\u2019il semble que sur ce sujet il y ait des avanc\u00e9es dans la prise en charge de pathologies, le patient doit \u00eatre impliqu\u00e9 dans les choix th\u00e9rapeutiques et peut refuser de se faire soigner selon ce qui semble raisonnable aux m\u00e9decins, il n\u2019en va pas de m\u00eame en obst\u00e9trique, o\u00f9 les femmes sont trop souvent trait\u00e9es telles des mineures, des personnes pour lesquelles il faut que le soignant d\u00e9cide.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">La culpabilisation des femmes<\/h3>\n<p>Un autre moyen dont on use fr\u00e9quemment est la culpabilisation des femmes quant aux cons\u00e9quences de leurs choix sur leur enfant \u00e0 na\u00eetre, comme si les int\u00e9r\u00eats d\u2019une femme et de son b\u00e9b\u00e9 \u00e9taient antagonistes, comme si un b\u00e9b\u00e9 devait forc\u00e9ment souffrir si sa m\u00e8re prenait plaisir \u00e0 le mettre au monde \u00e0 sa fa\u00e7on. De fait, la seule personne qui ait le droit de faire courir un risque \u00e0 ce b\u00e9b\u00e9 ou \u00e0 cette femme qui accouche, c\u2019est le soignant, dont les actes, \u00e0 port\u00e9e parfois fortement iatrog\u00e8ne, sont rendus licites par son statut m\u00e9dical. La m\u00e9decine sauve, tout le monde le sait, un m\u00e9decin ou une sage-femme ne saurait nuire&#8230;<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">La douleur<\/h3>\n<p>Alors que la p\u00e9ridurale s\u2019est impos\u00e9e comme \u00e9tant le seul vrai moyen de mettre un terme aux douleurs de l\u2019accouchement et a \u00e9t\u00e9, \u00e0 ce titre, largement pl\u00e9biscit\u00e9e par les femmes, de plus en plus revendiquent bizarrement le droit d\u2019accoucher dans la douleur, tout en testant souvent des m\u00e9thodes alternatives pour les aider \u00e0 la traverser. Revient au go\u00fbt du jour la m\u00e9thode Lamaze\u00a0; il y a l\u2019haptonomie, la sophrologie, l\u2019hypnose, le chant pr\u00e9natal, l\u2019eutonie&#8230;. Il y a ici quelque chose de profond\u00e9ment novateur dans la mani\u00e8re dont les femmes vivent l\u2019accouchement, c\u2019est m\u00eame toute la repr\u00e9sentation de cet \u00e9v\u00e9nement qui s\u2019en trouve boulevers\u00e9e. Il est aujourd\u2019hui question pour certaines de reprendre le pouvoir pour r\u00e9habiliter le corps, pour que le processus physiologique ne soit pas perturb\u00e9.<\/p>\n<p>En effet, si la m\u00e9thode Lamaze a donn\u00e9 \u00e0 beaucoup de femmes une meilleure connaissance de leur corps, elle les maintenait dans un \u00e9tat de soumission vis-\u00e0-vis du soignant. Aucun geste th\u00e9rapeutique n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs remis en question, on appliquait une m\u00e9thode qu\u2019on nous avait g\u00e9n\u00e9reusement offerte et la pr\u00e9occupation de beaucoup de femmes \u00e9tait de l\u2019appliquer de mani\u00e8re \u00e0 donner satisfaction au soignant qui la leur avait inculqu\u00e9e. De fait, ainsi que le d\u00e9nonce l\u2019ouvrage <i>Les bateleurs du Mal-Joli <\/i> de Marie-Jos\u00e9 Jaubert, suivi de <i>Ces hommes qui nous accouchent<\/i>, si la douleur \u00e9tait souvent bien pr\u00e9sente, la femme offrait en spectacle pour le soignant et pour son conjoint le visage d\u2019une femme qui se ma\u00eetrise. Aujourd\u2019hui, des femmes revendiquent au contraire le droit de ne plus rien ma\u00eetriser, d\u2019\u00eatre libres de s\u2019exprimer comme bon leur semble. Elles s\u2019entourent donc de pr\u00e9f\u00e9rence de personnes qu\u2019elles connaissent et en qui elles ont confiance, des personnes qui ne porteront pas un jugement n\u00e9gatif sur leur comportement.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude britannique r\u00e9cente mettait en avant ce que beaucoup de femmes qui ont accouch\u00e9 savent d\u00e9j\u00e0\u00a0: le fait de crier ou de jurer att\u00e9nue la douleur. Nous avons aujourd\u2019hui des femmes qui revendiquent le droit d\u2019insulter leur conjoint ou leur sage-femme si cela peut les soulager. Tr\u00e8s s\u00e9rieusement, ce qu\u2019il y a l\u00e0 derri\u00e8re, c\u2019est le droit d\u2019exprimer ce qu\u2019on ressent et non d\u2019\u00eatre dans l\u2019obligation d\u2019offrir une image de femme qui ma\u00eetrise. La libert\u00e9 dont ces femmes veulent disposer remet en cause bon nombre de pratiques courantes au sein des maternit\u00e9s. C\u2019est la raison pour laquelle leurs choix s\u2019orientent tr\u00e8s souvent vers un accouchement \u00e0 domicile, en Maison de Naissance, \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, voire m\u00eame pour certaines un accouchement non m\u00e9dicalement assist\u00e9 chez elles.<\/p>\n<p><i>R\u00e9habiliter le corps<\/i><\/p>\n<p>Je vous parlais tout \u00e0 l\u2019heure de r\u00e9habiliter le corps. Cela se traduit de plusieurs fa\u00e7ons. Ces femmes refusent la perfusion glucos\u00e9e, mais elles boivent si elles ont soif, elles mangent si elles ont faim. Elles ne veulent pas qu\u2019on leur donne le choix entre plusieurs positions pour accoucher mais veulent pouvoir adopter librement et instinctivement celle que leur corps leur indiquera comme \u00e9tant la plus favorable. Elles ne veulent pas de pouss\u00e9e dirig\u00e9e si tout va bien et exigent qu\u2019on attende que leur corps leur impose la pouss\u00e9e qui fera na\u00eetre leur petit. Enfin, elles se r\u00e9approprient leur sexe en refusant qu\u2019il soit coup\u00e9 si l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de leur b\u00e9b\u00e9 n\u2019impose pas qu\u2019on l\u2019aide \u00e0 na\u00eetre plus vite. Elles veulent aussi redonner \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement sa dimension intime et sexuelle, refusant par exemple les all\u00e9es et venues dans la pi\u00e8ce o\u00f9 elles accouchent, refusant les touchers vaginaux r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, r\u00e9clamant une faible luminosit\u00e9 et du silence.<\/p>\n<p>\u00c0 cette occasion, les femmes partent \u00e0 la d\u00e9couverte de sensations inconnues, se confrontent \u00e0 elles-m\u00eames, \u00e0 leurs limites. Ces femmes en bonne sant\u00e9 veulent aborder la naissance de leur enfant comme un acte naturel pour lequel leur corps est programm\u00e9. Elles estiment que moins on l\u2019entrave, plus il peut s\u2019exprimer, mieux la naissance se d\u00e9roulera. Elles veulent un corps qui vive, qui ressente\u00a0: la douleur, le plaisir, la faim, la soif, l\u2019inconfort et le bien-\u00eatre&#8230; Elles veulent \u00eatre tout enti\u00e8res emport\u00e9es par le processus qui aboutira \u00e0 la naissance de leur enfant pour en ressortir grandies et plus fortes. D\u2019ailleurs, offertes aux sensations diverses qui se pr\u00e9sentent \u00e0 elles, elles d\u00e9couvrent qu\u2019un accouchement n\u2019est pas que douleur et peur, qu\u2019il peut aussi procurer du plaisir, de la douceur et de la joie, ceci \u00e9tant fortement li\u00e9 \u00e0 leur acceptation initiale de la douleur puisque ce sont des femmes qui sont volontaires pour accoucher de cette mani\u00e8re. Elles d\u00e9couvrent aussi parfois la puissance de leur corps au travers d\u2019un r\u00e9flexe d\u2019\u00e9jection intense qui ne n\u00e9cessitera m\u00eame pas qu\u2019elles poussent leur b\u00e9b\u00e9 volontairement. \u00c0 cette occasion, elles sont parfois surprises, comme lors de leur premier orgasme, emport\u00e9es par une force dont elles n\u2019imaginaient pas l\u2019existence et contre laquelle on ne peut ni ne souhaite lutter. Elles ont envie de communiquer cette joie, de faire savoir qu\u2019accoucher peut \u00eatre une exp\u00e9rience lib\u00e9ratrice, voire fondatrice, pour une femme.<\/p>\n<p>Paradoxalement, la p\u00e9ridurale en se g\u00e9n\u00e9ralisant a donn\u00e9 envie \u00e0 certaines femmes de s\u2019en passer. Accoucher dans la douleur, ou plut\u00f4t d\u2019une mani\u00e8re qui ne l\u2019exclue pas, c\u2019est aujourd\u2019hui un choix, et non plus une contrainte impos\u00e9e par la nature. De m\u00eame, la g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019accouchement en milieu hospitalier a donn\u00e9 envie \u00e0 certaines de retrouver la douceur d\u2019un foyer pour mettre leur b\u00e9b\u00e9 au monde, dans des conditions d\u2019hygi\u00e8ne et de sant\u00e9 qui n\u2019ont plus rien \u00e0 voir avec celles que connaissaient les femmes au 19\u00e8me si\u00e8cle. N\u00e9anmoins, elles ont besoin de savoir que les portes de l\u2019h\u00f4pital ne leur sont pas ferm\u00e9es et qu\u2019elles seront bien accueillies si un probl\u00e8me survient ou est suspect\u00e9 durant l\u2019accouchement, ou si elles ressentent le besoin de recourir \u00e0 une anesth\u00e9sie p\u00e9ridurale pour pouvoir continuer \u00e0 vivre pleinement la naissance de leur b\u00e9b\u00e9. Or, c\u2019est l\u00e0 aussi que le b\u00e2t blesse aujourd\u2019hui\u00a0: des femmes accouchent chez elles en ayant peur d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en cas de probl\u00e8me, \u00e0 cause du mauvais accueil qui leur sera fait, ce qui est potentiellement nuisible tant \u00e0 la sant\u00e9 de la femme qui accouche qu\u2019\u00e0 celle du b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Un combat f\u00e9ministe<\/h3>\n<p>Les combats f\u00e9ministes ont permis aux femmes de choisir d\u2019\u00eatre m\u00e8res ou pas. Plut\u00f4t focalis\u00e9s sur les sujets de l\u2019avortement et de la contraception pour ce qui est de la lib\u00e9ration sexuelle, les mouvements f\u00e9ministes semblent tr\u00e8s peu s\u2019\u00e9mouvoir de la mani\u00e8re dont les femmes sont parfois malmen\u00e9es quand elles accouchent. C\u2019est ce combat f\u00e9ministe que les \u00ab\u00a0D\u00e9cha\u00een\u00e9es\u00a0\u00bb veulent incarner, celui du respect d\u00fb aux femmes, quelle que soit la mani\u00e8re dont elles envisagent de vivre leur grossesse et leur accouchement.<\/p>\n<p>Persuad\u00e9es que l\u2019accouchement s\u2019inscrit de fa\u00e7on majeure dans la vie sexuelle d\u2019une femme, nous r\u00e9clamons pour elles le droit \u00e0 disposer de leur corps, alors que ce dernier ex\u00e9cute une fonction physiologique, et une plus grande d\u00e9licatesse quand il s\u2019agit de toucher leur sexe ou de l\u2019offrir aux regards d\u2019autrui, \u00e9tudiants par exemple, mais aussi compagnon. J\u2019ai ici l\u2019exemple d\u2019une femme dont j\u2019ai eu le t\u00e9moignage tr\u00e8s r\u00e9cemment, qui expliquait qu\u2019au moment de l\u2019expulsion, le gyn\u00e9cologue a invit\u00e9 le papa \u00e0 venir voir le b\u00e9b\u00e9 sortir. Cette femme nous \u00e9crit qu\u2019elle \u00e9tait horrifi\u00e9e, elle n\u2019avait absolument pas envie que son conjoint voie son sexe dans cet \u00e9tat-l\u00e0, et elle nous \u00e9crit qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, elle s\u2019\u00e9tait contract\u00e9e, elle n\u2019avait absolument plus envie de pousser son b\u00e9b\u00e9.<\/p>\n<p>Si on \u00e9tablit en g\u00e9n\u00e9ral volontiers le lien sexualit\u00e9\/accouchement quand une femme a subi des violences sexuelles par exemple, ou quand il y a eu un traumatisme tel une interruption m\u00e9dicale de grossesse ou une interruption volontaire de grossesse, bref, quand c\u2019est susceptible de g\u00e9n\u00e9rer des complications, on a plus de mal \u00e0 accepter l\u2019id\u00e9e que le corps d\u2019une femme s\u2019exprime en mode sexuel quand elle accouche, que la sexualit\u00e9 de cette femme, son degr\u00e9 de pudeur ou de g\u00eane vis-\u00e0-vis des soignants mais aussi de son compagnon, peuvent interf\u00e9rer de mani\u00e8re positive ou n\u00e9gative dans le d\u00e9roulement d\u2019une naissance. C\u2019est dommage \u00e0 plus d\u2019un titre. Cela permettrait de mieux comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server l\u2019intimit\u00e9 pour permettre \u00e0 une femme de s\u2019abandonner \u00e0 son ressenti, ce qui est tr\u00e8s difficile quand il y a des spectateurs, mais aussi d\u2019entrevoir les possibles perturbations induites par des injonctions \u00e0 faire comme ceci ou ne pas faire comme cela. Cela permettrait enfin de saisir qu\u2019entraver le corps, vouloir le ma\u00eetriser, agir sur les postures, sur la respiration \u2013 quand il n\u2019y a pas de probl\u00e8mes \u2013 sont autant de moyens d\u2019emp\u00eacher la femme d\u2019acc\u00e9der \u00e0 cet orgasme qu\u2019est le r\u00e9flexe d\u2019\u00e9jection, et donc de ressentir la puissance de son corps qui accouche.<\/p>\n<p>Nous avons la certitude que les choses changeront sur la demande pressante et massive des femmes, il s\u2019agit donc de les toucher largement. Nous nous servons des moyens de communication modernes pour y parvenir, d\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation d\u2019un site internet, mais surtout de vid\u00e9os. L\u2019ic\u00f4ne Selina Kyle pourrait \u00eatre n\u2019importe quelle femme, elle symbolise un combat solidaire dans lequel toutes doivent s\u2019engager, quelle que soit leur approche de la naissance, afin que chacune puisse \u00eatre respect\u00e9e dans ses choix et donner naissance selon sa sensibilit\u00e9, m\u00e9lange de sa culture et de son histoire personnelle. Il ne s\u2019agit en aucun cas d\u2019imposer un mod\u00e8le, tout au plus d\u2019insuffler un renouveau dans la repr\u00e9sentation de l\u2019accouchement au sein de l\u2019inconscient collectif. Nous souhaitons que le syst\u00e8me \u00e9volue pour que toutes puissent trouver satisfaction. Cela sous-entend une modification des pratiques hospitali\u00e8res, ainsi que de l\u2019attitude des soignants, mais aussi la cr\u00e9ation de Maisons de Naissance et un acc\u00e8s ais\u00e9 \u00e0 l\u2019accouchement \u00e0 domicile accompagn\u00e9 par une sage-femme.<\/p>\n<p>Parmi nos ambitions, il y a \u00e9galement celle de pr\u00e9server notre libert\u00e9 de parole et de ton. En effet, l\u2019engagement associatif traditionnel impose des compromis qui tiennent compte de la sensibilit\u00e9, des int\u00e9r\u00eats, des imp\u00e9ratifs des professionnels et des politiques. Nous occultons d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cet aspect des choses en nous positionnant dans la radicalit\u00e9, dans la contestation. L\u2019humour nous permet de diffuser notre message librement, tout en \u00e9veillant une curiosit\u00e9 propice \u00e0 la r\u00e9flexion, et cet humour nous permet de prendre plaisir \u00e0 chacune de nos interventions, ce qui est tr\u00e8s important si on veut pouvoir s\u2019inscrire dans la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Comme nous revendiquons pour toutes les femmes le droit de pouvoir trouver un m\u00e9decin si elles veulent avorter, nous revendiquons pour elles de pouvoir trouver une offre qui corresponde \u00e0 leurs souhaits en mati\u00e8re d\u2019accouchement. Tout comme nous exigeons qu\u2019aucune ne soit infantilis\u00e9e ou culpabilis\u00e9e quand elle avorte, nous r\u00e9clamons le respect pour celle qui donne la vie. Cela s\u2019inscrit pour nous dans la m\u00eame lign\u00e9e que les combats pour le droit \u00e0 la contraception et \u00e0 l\u2019avortement.<\/p>\n<p>Nous ambitionnons aussi d\u2019interpeller les soignants, car il est temps d\u2019abroger les relations de pouvoir entre patientes et soignants et de les remplacer par une relation de confiance au sein de laquelle une femme se sent respect\u00e9e dans ses choix. Ce n\u2019est pas au soignant de d\u00e9cider ce qui est bon pour une femme ou son b\u00e9b\u00e9, il est avant tout en devoir de lui donner une information claire et loyale, en la reconnaissant responsable quant aux choix qu\u2019elle op\u00e8re in fine<\/p>\n<p>Une autre de nos ambitions est d\u2019amener les professionnels de sant\u00e9 \u00e0 prendre conscience de la part de risque induite par un interventionnisme d\u00e9plac\u00e9, quand il n\u2019est pas outrancier. Il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 des femmes qui prennent des risques et des soignants qui sauvent des vies. La notion de risque est elle-m\u00eame diff\u00e9rente pour chacun. L\u00e0 o\u00f9 une femme prend des risques aux yeux du soignant, elle a parfois la certitude de s\u2019en \u00e9pargner d\u2019autres.<\/p>\n<p>Toutes, nous avons envie d\u2019interpeller le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 et plus largement les politiques, et il nous tient \u00e0 c\u0153ur d\u2019attirer leur attention sur le fait que toutes les femmes devraient pouvoir trouver sur le territoire fran\u00e7ais la solution qui correspond \u00e0 leurs attentes. Il nous para\u00eet aberrant qu\u2019elles soient oblig\u00e9es de traverser nos fronti\u00e8res pour accoucher en Maison de Naissance ou qu\u2019elles fassent appel \u00e0 une sage-femme ou un m\u00e9decin belge ou allemand pour accoucher \u00e0 domicile, ce qui n\u2019est d\u2019ailleurs r\u00e9serv\u00e9 qu\u2019aux frontali\u00e8res, du moins \u00e0 celles qui peuvent se l\u2019offrir ou qui sont suffisamment d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es pour payer un prix parfois tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Ce n\u2019est pas seulement la s\u00e9curit\u00e9 des femmes et des b\u00e9b\u00e9s qui est en question &#8211; je pense ici \u00e0 l\u2019accouchement non assist\u00e9 par d\u00e9pit &#8211; mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 face \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux soins.<\/p>\n<p>Et surtout &#8211; c\u2019est cependant le message qui a le plus de mal \u00e0 se faire entendre &#8211; il est question pour les femmes de pouvoir disposer librement de leur corps quand elles accouchent et d\u2019\u00eatre trait\u00e9es en adultes responsables. La repr\u00e9sentation que le monde m\u00e9dical se fait de l\u2019accouchement ne saurait s\u2019imposer \u00e0 tous les individus, chacun de nous est libre d\u2019en avoir une autre.<\/p>\n<p>Quand il s\u2019agit d\u2019accouchement, les femmes s\u2019entendent dire depuis toujours\u00a0: \u00ab\u00a0Pensez \u00e0 votre b\u00e9b\u00e9, pensez \u00e0 vos autres enfants\u00a0\u00bb, voire \u00ab\u00a0pensez \u00e0 votre conjoint\u00a0\u00bb. Aujourd\u2019hui, nous leur disons\u00a0: \u00ab\u00a0Pensez d\u2019abord \u00e0 vous, tout le monde s\u2019en portera mieux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12 septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selina Kyle est fondatrice du GRENN (Groupe Radical des Excit\u00e9es de la Naissance Naturelle). Les origines du GRENN Le GRENN, cr\u00e9\u00e9 le 1er avril 2008, est constitu\u00e9 de femmes pour la plupart d\u2019horizons divers, aussi bien culturellement que g\u00e9ographiquement. Certaines sont m\u00e8res, d\u2019autres pas, d\u2019autres encore n\u2019envisagent m\u00eame pas de le devenir. 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