{"id":96,"date":"2018-02-27T11:45:47","date_gmt":"2018-02-27T10:45:47","guid":{"rendered":"http:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=96"},"modified":"2018-02-27T11:47:21","modified_gmt":"2018-02-27T10:47:21","slug":"histoire-de-la-naissance-en-occident-xviie-xxe-siecles","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=96","title":{"rendered":"Histoire de la naissance en Occident (XVIIe &#8211; XXe si\u00e8cles)"},"content":{"rendered":"<p><em>L\u2019histoire de la naissance a longtemps \u00e9t\u00e9 une histoire immobile : pendant des mill\u00e9naires, chaque femme accouchait \u00e0 la maison, dans un espace familier, entour\u00e9e de compagnes plus ou moins expertes. Deux mutations essentielles, l\u2019une concernant les accompagnants, l\u2019autre le lieu de l\u2019accouchement, vont changer radicalement les conditions de la naissance.<\/em><\/p>\n<div class=\"surlignable\">\n<div class=\"texte\">\n<p>C\u2019est d\u2019abord aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, l\u2019apparition d\u2019abord timide, puis d\u00e9cid\u00e9e, des hommes accoucheurs. Au XIXe si\u00e8cle, les d\u00e9veloppements de l\u2019obst\u00e9trique, de l\u2019anesth\u00e9sie et de l\u2019hygi\u00e8ne changent les conditions d\u2019accueil dans les h\u00f4pitaux et conduisent au XXe si\u00e8cle au basculement d\u00e9finitif de la majorit\u00e9 des accouchements du domicile vers le milieu hospitalier, qui aboutit \u00e0 une m\u00e9dicalisation totale de la naissance.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">La naissance traditionnelle jusqu\u2019au XVIIIe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Pendant des si\u00e8cles, les naissances ont lieu \u00e0 la maison dans un espace quotidien\u00a0: \u00e9v\u00e9nement hors du commun malgr\u00e9 sa fr\u00e9quence, l\u2019accouchement, tout comme la mort, se passe l\u00e0 o\u00f9 vit au jour le jour et depuis des ann\u00e9es, une lign\u00e9e familiale, dont le destin s\u2019identifie \u00e0 une maison, \u00e0 un village, dont on fait partie et d\u2019o\u00f9 l\u2019on ne bouge gu\u00e8re. En donnant le jour \u00e0 son enfant, chaque m\u00e8re est reli\u00e9e \u00e0 toutes les m\u00e8res qui, avant elle, ont fait na\u00eetre leurs enfants au m\u00eame endroit\u00a0; maillon d\u2019un vaste cycle vital qui d\u00e9passe son individualit\u00e9 propre, elle est int\u00e9gr\u00e9e, avec son enfant, pour le meilleur et pour le pire, dans une large communaut\u00e9 de vivants et de morts.<\/p>\n<p>La naissance a lieu dans la pi\u00e8ce la plus utilis\u00e9e, la salle commune, qui est souvent la seule \u00e0 poss\u00e9der une chemin\u00e9e\u00a0: \u00e0 l\u2019aide d\u2019un grand feu de bois, on maintient la chaleur, essentielle \u00e0 la m\u00e8re et \u00e0 l\u2019enfant. La pi\u00e8ce tout enti\u00e8re est calfeutr\u00e9e, comme un v\u00e9ritable huis clos, \u00e0 la fois pour se pr\u00e9munir du froid et pour emp\u00eacher les mauvais esprits d\u2019entrer. Chez les plus pauvres, on accouche fr\u00e9quemment \u00e0 l\u2019\u00e9table\u00a0: les b\u00eates famili\u00e8res y donnent une chaleur r\u00e9guli\u00e8re et la paille est facile \u00e0 nettoyer\u00a0; pour les gens des XVIe et XVIIe si\u00e8cles, la naissance de l\u2019Enfant J\u00e9sus est moins extraordinaire qu\u2019il n\u2019y para\u00eet.<\/p>\n<p>La parturiente est assist\u00e9e par un entourage exclusivement f\u00e9minin\u00a0: au centre, la matrone (appel\u00e9e &#8220;la femme qui aide&#8221;, ou la &#8220;m\u00e8re-mitaine&#8221;, ou la &#8220;bonne m\u00e8re&#8221;) est bien connue de tout le village\u00a0; elle est en g\u00e9n\u00e9ral \u00e2g\u00e9e, et donc disponible\u00a0; elle a appris son m\u00e9tier sur le tas, sans \u00e9tudier. Souvent fille ou ni\u00e8ce de matrone, il lui a suffi de r\u00e9ussir quelques accouchements pour avoir la confiance des villageoises\u00a0; elle ne sait en g\u00e9n\u00e9ral ni lire ni \u00e9crire et le cur\u00e9 qui surveille ses comp\u00e9tences ne lui demande que de savoir r\u00e9citer les formules du bapt\u00eame, au cas o\u00f9 elle devrait ondoyer un nouveau-n\u00e9 mal en point. Elle est souvent aussi celle qui s\u2019occupe de la toilette des morts\u00a0; ce double r\u00f4le indique bien comment, dans l\u2019ancienne soci\u00e9t\u00e9, on reconna\u00eet la proximit\u00e9 fondamentale entre les deux extr\u00e9mit\u00e9s de la vie. Elle doit \u00eatre \u00e0 la fois agr\u00e9\u00e9e par le cur\u00e9 (elle doit savoir baptiser correctement), et par les familles, dont elle conna\u00eet souvent les secrets.<\/p>\n<blockquote><p>Mod\u00e8le de serment, propos\u00e9 par l\u2019Eglise en 1786 pour les sages-femmes form\u00e9es \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Dieu de Paris\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<i>Je [&#8230;] promets et jure \u00e0 Dieu, le cr\u00e9ateur tout puissant, et \u00e0 vous, Monsieur qui \u00eates son ministre, de vivre et de mourir dans la foi de l\u2019Eglise catholique, Apostolique et Romaine, et de m\u2019acquitter, avec le plus d\u2019exactitude et de fid\u00e9lit\u00e9 qu\u2019il me sera possible, de la fonction qui m\u2019est confi\u00e9e. J\u2019assisterai de nuit comme de jour dans leurs couches les femmes pauvres comme les riches\u00a0; j\u2019apporterai tous mes soins pour qu\u2019il n\u2019arrive aucun accident ni \u00e0 la m\u00e8re et ni \u00e0 l\u2019enfant. Et si je vois un danger qui m\u2019inspire une juste d\u00e9fiance de mes forces et de mes lumi\u00e8res, j\u2019appellerai les m\u00e9decins ou les chirurgiens ou des femmes exp\u00e9riment\u00e9es dans cet art pour ne rien faire que de leur avis et avec leur secours. Je promets de ne point r\u00e9v\u00e9ler les secrets de familles que j\u2019assisterai\u00a0; de ne point souffrir qu\u2019on use des superstitions ou des moyens illicites, soit par paroles, soit par signes, ou de quelque autre mani\u00e8re qui puisse \u00eatre, pour procurer la d\u00e9livrance des femmes dont les couches seront difficiles et para\u00eetront devoir \u00eatre dangereuses\u00a0; mais de les avertir de mettre leur confiance en Dieu, et d\u2019avoir recours aux sacrements et aux pri\u00e8res de l\u2019Eglise. Je promets aussi de ne rien faire par vengeance, ni par aucun motif criminel\u00a0; de ne jamais consentir sous quelque pr\u00e9texte que ce soit, \u00e0 ce qui pourrait faire p\u00e9rir le fruit ou avancer l\u2019accouchement par des voies extraordinaires et contre nature\u00a0; mais de procurer de tout mon pouvoir, comme femme de bien et craignant Dieu, le salut corporel et spirituel tant de la m\u00e8re que de l\u2019enfant. Enfin, je promets d\u2019avertir sans d\u00e9lai mon pasteur de la naissance des enfants\u00a0; de n\u2019en baptiser ou de ne souffrir qu\u2019on en baptise aucun \u00e0 la maison, hors le cas d\u2019une vraie n\u00e9cessit\u00e9, et de n\u2019en porter aucun \u00e0 baptiser aux ministres h\u00e9r\u00e9tiques.<\/i>\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Autour de la matrone, pour l\u2019aider et soutenir la future m\u00e8re, les parentes, amies, voisines sont l\u00e0, accourues d\u00e8s l\u2019annonce des premi\u00e8res douleurs, sans qu\u2019il soit besoin d\u2019une invitation formelle\u00a0: chaque naissance est l\u2019affaire de toutes les femmes du village et n\u2019est pas comme aujourd\u2019hui un \u00e9v\u00e9nement intime, priv\u00e9, solitaire ou exclusivement familial. Le r\u00f4le de ces &#8220;comm\u00e8res&#8221; n\u2019est pas aussi insignifiant qu\u2019il y para\u00eet\u00a0: avant la naissance, elles aident \u00e0 pr\u00e9parer le lit, les linges, le feu, l\u2019eau chaude, le fil. Pendant le travail, elles \u00e9voquent leurs propres couches, donnent leurs petites recettes et disposent les amulettes (ceinture de la Vierge, sachet d\u2019accouchement, pierre d\u2019aigle, b\u00e9zoard, rose de J\u00e9richo) qui aident au travail et dissipent l\u2019angoisse de la parturiente\u00a0; pendant les moments difficiles, elles calment la parturiente, la maintiennent, l\u2019essuient et prient \u00e0 haute voix la Vierge ou sainte Marguerite\u00a0; elles rassurent et accompagnent. Apr\u00e8s la naissance, elles lavent et emmaillotent le b\u00e9b\u00e9, pr\u00e9parent pour l\u2019accouch\u00e9e une soupe reconstituante et nettoient sommairement la pi\u00e8ce. Les jours suivants, elles reviennent pour commenter l\u2019\u00e9v\u00e9nement et aider aux divers travaux domestiques que ne peut accomplir la nouvelle m\u00e8re rest\u00e9e alit\u00e9e. Cette solidarit\u00e9 f\u00e9minine constitue un \u00e9l\u00e9ment s\u00e9curisant dans le rite de passage angoissant qu\u2019est une premi\u00e8re naissance.<\/p>\n<p>En revanche, les jeunes filles qui n\u2019ont pas encore l\u2019\u00e2ge de cette \u00e9tape rituelle et qui n\u2019ont pas encore enfant\u00e9 sont tenues \u00e0 l\u2019\u00e9cart, ainsi que les enfants. En principe, les hommes ne sont pas admis, sauf le p\u00e8re, dont la force et l\u2019exp\u00e9rience du v\u00ealage peuvent \u00eatre utiles en cas d\u2019accouchement difficile. Comme il le fait parfois avec les vaches, il peut avoir \u00e0 retourner le f\u0153tus dans la matrice s\u2019il se pr\u00e9sente mal\u00a0; il lui faut parfois tenir sa femme dans une position difficile pour faciliter la naissance. Dans certaines r\u00e9gions, son r\u00f4le est mieux pr\u00e9cis\u00e9\u00a0: c\u2019est lui qui, au sortir de la matrice, re\u00e7oit l\u2019enfant dans sa propre chemise, toute chaude encore de la chaleur de son corps. Ce geste a une signification tr\u00e8s riche\u00a0: il permet tr\u00e8s concr\u00e8tement de r\u00e9chauffer le b\u00e9b\u00e9\u00a0; il veut aussi dire que, d\u00e8s la sortie du ventre maternel, c\u2019est le p\u00e8re qui prend en charge sa socialisation. Dans la France traditionnelle, la femme accouche toujours &#8220;\u00e0 couvert&#8221;, sous les draps et les v\u00eatements, car il ne convient pas qu\u2019elle se montre nue, m\u00eame partiellement, \u00e0 son entourage. En revanche, elle peut prendre diverses postures, si elle souhaite accoucher plus commod\u00e9ment. Certaines positions sont plus pratiqu\u00e9es que d\u2019autres, suivant les provinces\u00a0: la plus fr\u00e9quente est celle o\u00f9 la femme est sur le dos, \u00e0 demi couch\u00e9e et \u00e0 demi assise, les reins sur\u00e9lev\u00e9s par des coussins\u00a0; elle peut \u00eatre soit sur son propre lit, soit sur un petit lit pliant, plac\u00e9 au plus pr\u00e8s du feu, appel\u00e9 &#8220;lit de mis\u00e8re&#8221;\u00a0; deux femmes lui maintiennent alors les genoux \u00e9cart\u00e9s. En Angleterre, la future m\u00e8re, couch\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 sur le bord du lit, les genoux pli\u00e9s, est accouch\u00e9e par derri\u00e8re. Ailleurs, elle peut \u00eatre assise sur une autre femme, sur le bord du lit ou sur une sorte de chaise perc\u00e9e, destin\u00e9e sp\u00e9cialement aux accouchements (tr\u00e8s fr\u00e9quente en Alsace, Lorraine, Flandre et dans les pays germaniques). Dans d\u2019autres r\u00e9gions, la femme accouche debout, les bras lev\u00e9s et appuy\u00e9s sur une barre de bois\u00a0; ailleurs, elle peut \u00eatre \u00e0 genoux, sur de la paille, appuy\u00e9e sur une chaise. Cette relative libert\u00e9 ne signifie pas que les femmes sont \u00e0 l\u2019aise en accouchant\u00a0: la douleur est toujours l\u00e0, consid\u00e9r\u00e9e comme in\u00e9vitable, en application du pr\u00e9cepte biblique de la Gen\u00e8se\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Tu enfanteras dans la douleur<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son climat chaleureux, il ne faut pas trop regretter l\u2019accouchement d\u2019autrefois\u00a0: \u00e0 cause de l\u2019impuissance de la m\u00e9decine de l\u2019\u00e9poque ou de l\u2019imp\u00e9ritie des matrones, trop de femmes en meurent et bien d\u2019autres sont mutil\u00e9es \u00e0 vie, ainsi que leurs enfants. On estime \u00e0 1 ou 2% la mortalit\u00e9 des femmes en couches dans la France du XVIIIe si\u00e8cle, qu\u2019il s\u2019agisse des cons\u00e9quences d\u2019accouchements impossibles par suite d\u2019une mauvaise pr\u00e9sentation ou de l\u2019\u00e9troitesse du bassin (la c\u00e9sarienne est quasiment impraticable en l\u2019absence d\u2019anesth\u00e9sie et de techniques de suture de l\u2019ut\u00e9rus), d\u2019h\u00e9morragies du post-partum ou de fi\u00e8vres puerp\u00e9rales. Ce risque se renouvelant \u00e0 chaque grossesse, comme les femmes ont en moyenne cinq enfants, cela signifie que 10% des femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er meurent \u00e0 la suite d\u2019un accouchement.<\/p>\n<p>Seules les pauvresses ou les filles m\u00e8res, qui n\u2019ont nulle part o\u00f9 aller, accouchent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital qui n\u2019est pas un \u00e9tablissement de soins, mais un lieu d\u2019assistance, o\u00f9 l\u2019on recueille les malades pauvres\u00a0; on y meurt beaucoup plus qu\u2019ailleurs, \u00e0 cause de l\u2019entassement et de la contagion des \u00ab\u00a0fi\u00e8vres\u00a0\u00bb qu\u2019on ne sait pas ma\u00eetriser. En temps ordinaire, 10% des accouch\u00e9es meurent, mais \u00e0 certains moments, la mort en emporte plus de la moiti\u00e9.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Les transformations de la naissance \u00e0 domicile au XVIIIe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>Aux XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, les couches cessent d\u2019\u00eatre accompagn\u00e9es uniquement par des femmes\u00a0; des accoucheurs commencent \u00e0 appara\u00eetre dans les chambres de g\u00e9sine. Traditionnellement, les hommes de l\u2019art n\u2019ont pas le droit d\u2019assister aux couches par \u00ab\u00a0d\u00e9cence\u00a0\u00bb. Mais des chirurgiens peuvent \u00eatre parfois appel\u00e9s pour d\u00e9livrer des femmes dont le f\u0153tus est mort (ils se servent alors de leurs instruments pour d\u00e9pecer le corps). Peu \u00e0 peu ces hommes commencent \u00e0 r\u00e9diger des trait\u00e9s d\u2019obst\u00e9trique et \u00e0 vouloir faire des accouchements ordinaires, pour accro\u00eetre leur exercice et gagner davantage. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1650, la \u201cmode\u201d de l\u2019accoucheur se r\u00e9pand dans la noblesse et dans la bourgeoisie. Non sans r\u00e9ticences cependant\u00a0; certaines parturientes sont effray\u00e9es par les chirurgiens, qu\u2019elles consid\u00e8rent plus comme des bouchers que comme des soignants\u00a0; les maris craignent une possible s\u00e9duction de leur femme par un homme jeune et beau, qui est pourtant tenu d\u2019op\u00e9rer \u00e0 couvert, sans voir les parties g\u00e9nitales de la patiente. Mais les accoucheurs savent vite se rendre indispensables aupr\u00e8s des maris, qui ne veulent plus voir mourir leurs femmes et pour qui ils repr\u00e9sentent la force et la s\u00e9curit\u00e9, surtout dans le cas o\u00f9 l\u2019enfant se pr\u00e9sente mal. C\u2019est souvent \u00e0 la faveur d\u2019un accouchement \u201ccontre nature\u201d r\u00e9ussi, qu\u2019un chirurgien parvient \u00e0 gagner la confiance d\u2019une famille ou d\u2019un quartier. Les femmes, aussi, leur sont de plus en plus favorables\u00a0: au d\u00e9but, elles les acceptent de mani\u00e8re exceptionnelle pour les accouchements difficiles\u00a0; puis l\u2019habitude \u00e9tant prise, elles les convoquent d\u2019embl\u00e9e, pour les accouchements suivants. Plus profond\u00e9ment, au sein de chaque individu, la conscience de la vie et de la mort est en train de changer\u00a0; d\u00e9sormais, les femmes n\u2019acceptent plus de mourir en couches\u00a0; elles veulent la vie sauve pour elles et pour leurs b\u00e9b\u00e9s.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0<i>Les princesses et toutes les dames de qualit\u00e9 choisissent des accoucheurs\u00a0: les bonnes bourgeoises suivent leur exemple et l\u2019on a entendu dire aux femmes des artisans et du menu peuple que, si elles avaient les moyens de les payer, elles les pr\u00e9f\u00e8reraient aux sages-femmes.<\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\n<strong>Pierre Dionis, chirurgien parisien en 1718<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e de l\u2019accoucheur dans un monde traditionnellement r\u00e9serv\u00e9 aux femmes transforme les pratiques de la naissance. Tout d\u2019abord, il fait sortir la plupart des &#8220;comm\u00e8res&#8221;, sous pr\u00e9texte qu\u2019il faut faire silence et a\u00e9rer la pi\u00e8ce\u00a0; il fait aussi ouvrir les fen\u00eatres et r\u00e9duire le feu, afin que l\u2019air circule\u00a0; toutes attitudes qui vont totalement \u00e0 l\u2019encontre des traditions anciennes qui valorisent la solidarit\u00e9 f\u00e9minine, la chaleur et le renfermement. Certes, l\u2019accoucheur agit ainsi pour la s\u00e9curit\u00e9 de la femme, mais celle-ci se trouve de plus en plus seule, face \u00e0 lui. Il lui impose aussi la position la plus commode pour lui et la plus d\u00e9pendante pour elle, en la faisant coucher sur le dos, ce qui est une g\u00e8ne par rapport \u00e0 la libert\u00e9 des anciennes postures. Dans l\u2019obst\u00e9trique savante du XVIIIe si\u00e8cle, seule la position allong\u00e9e sur le dos est convenable\u00a0; les autres positions sont condamn\u00e9es au nom de la d\u00e9cence, car elles &#8220;r\u00e9pugnent \u00e0 l\u2019humanit\u00e9&#8221;\u00a0; la femme qui les pratique peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 une b\u00eate\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019accoucheur r\u00e9ussit \u00e9galement \u00e0 s\u2019imposer parce qu\u2019il travaille avec de nouveaux instruments relativement efficaces, les leviers et forceps, mis au point conjointement en France et en Angleterre \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle. Ils deviennent le privil\u00e8ge exclusif des hommes, m\u00e9decins ou chirurgiens, puisque matrones et sages-femmes, m\u00eame instruites, n\u2019ont pas le droit de s\u2019en servir. Certains abusent du pouvoir conf\u00e9r\u00e9 par les instruments, employ\u00e9s \u00e0 n\u2019importe quel moment et estropient ou font mourir m\u00e8res et enfants. Certaines femmes d\u2019ailleurs les voient arriver avec terreur, car leur seule vue signifie un danger de mort. Mais, le plus souvent, les instruments (surtout le forceps courbe de Levret et de Smellie) repr\u00e9sentent un progr\u00e8s\u00a0: ils permettent la naissance de b\u00e9b\u00e9s qui autrefois seraient rest\u00e9s enclav\u00e9s dans le bassin, provoquant la mort de leur m\u00e8re. Gr\u00e2ce \u00e0 la pratique instrumentale, l\u2019accouchement cesse d\u2019appara\u00eetre comme un acte naturel\u00a0: il n\u00e9cessite le recours \u00e0 un homme de l\u2019art, \u00e0 la fois savant et fort. C\u2019est un premier pas vers la m\u00e9dicalisation de la naissance.<\/p>\n<p>M\u00eame si les hommes sont de plus en plus nombreux \u00e0 pratiquer l\u2019obst\u00e9trique, les matrones font encore l\u2019essentiel des accouchements, surtout \u00e0 la campagne. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1750, en France, ces matrones sont l\u2019objet de critiques virulentes de la part des m\u00e9decins. Comme l\u2019\u00e9crit Joseph Raulin en 1770, &#8220;tous les jours, elles font p\u00e9rir en m\u00eame temps la m\u00e8re et l\u2019enfant, faute des connaissances n\u00e9cessaires et requises pour les conserver&#8221;. En particulier, elles sont accus\u00e9es de tirer inconsid\u00e9r\u00e9ment sur tout ce qui se pr\u00e9sente hors de la matrice, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un bras, d\u2019un pied ou d\u2019une \u00e9paule, au risque de d\u00e9membrer l\u2019enfant. Si le f\u0153tus reste enclav\u00e9 dans le bassin de la parturiente, elles n\u2019ont d\u2019autre ressource que de le sortir par petits morceaux, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un crochet, car il importe de sauver plut\u00f4t la m\u00e8re (d\u00e9j\u00e0 adulte et qui pourra avoir d\u2019autres enfants) que le nouveau-n\u00e9 (qui est, de toute fa\u00e7on, une petite existence fragile).<\/p>\n<p>\u00c0 partir de 1760, pour emp\u00eacher les m\u00e8res et les enfants de mourir en trop grand nombre, le pouvoir royal s\u2019efforce de transformer les matrones de campagne en v\u00e9ritables sages-femmes en leur donnant une rapide formation m\u00e9dicale. \u00c0 l\u2019initiative d\u2019une ma\u00eetresse sage-femme, Mme\u00a0du Coudray, form\u00e9e \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Dieu de Paris, des cours itin\u00e9rants sont organis\u00e9s dans toute la France de 1759 \u00e0 1783, avec une p\u00e9dagogie originale \u00e0 base de r\u00e9citation de le\u00e7ons et de travaux pratiques sur un mannequin d\u2019osier, recouvert de tissu. Apr\u00e8s le passage de Mme\u00a0du Coudray dans une province, les chirurgiens-accoucheurs de l\u2019endroit continuent \u00e0 assurer les cours\u00a0: en quarante ans, deux cents accoucheurs-d\u00e9monstrateurs formeront dix \u00e0 douze mille sages-femmes (il y a \u00e0 l\u2019\u00e9poque environ un million de naissances par an). \u00c0 la diff\u00e9rence des anciennes matrones qui avaient \u00e9t\u00e9 choisies par les femmes du village, les nouvelles sages-femmes form\u00e9es \u00e0 la ville ne sont plus aussi proches des femmes qu\u2019elles assistent. Comme elles l\u2019ont appris de leurs ma\u00eetres, elles veulent a\u00e9rer et faire sortir les compagnes inutiles\u00a0; elles ont aussi une attitude plus distante vis-\u00e0-vis du travail et de la souffrance\u00a0; elles ne veulent plus \u00eatre celles qui accompagnent, qui encouragent les cris et aident \u00e0 enfanter. Elles sont plus insensibles et autoritaires. Si, entre leurs mains, la naissance a plus de chances de bien se passer, la femme en mal d\u2019enfant se retrouve aussi plus isol\u00e9e.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">La m\u00e9dicalisation de la naissance au XIXe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>\u00c0 partir de 1803, la formation des sages-femmes s\u2019am\u00e9liore, puisqu\u2019elles doivent suivre pendant un an des cours th\u00e9oriques dans les facult\u00e9s de m\u00e9decine ou dans les h\u00f4pitaux, et apprendre la pratique, non plus sur des mannequins, mais aupr\u00e8s des accouch\u00e9es des h\u00f4pitaux. En 1894, leur formation est renforc\u00e9e et dure deux ans. En th\u00e9orie, elles n\u2019ont le droit de faire que les accouchements naturels et doivent appeler le m\u00e9decin pour les accouchements &#8220;laborieux&#8221; ou contre-nature, qui n\u00e9cessitent le recours au forceps ou \u00e0 la c\u00e9sarienne. Ce partage des t\u00e2ches souffre n\u00e9anmoins des exceptions\u00a0: ainsi \u00e0 la Maternit\u00e9 de Port-Royal \u00e0 Paris, grand \u00e9tablissement d\u2019accueil des femmes en couches des milieux d\u00e9favoris\u00e9s de la capitale et si\u00e8ge d\u2019une \u00e9cole de sages-femmes renomm\u00e9e, Marie-Louise Lachapelle, sage-femme en chef de 1798 \u00e0 1821, effectue couramment les accouchements au forceps, sans que le chirurgien en chef attach\u00e9 \u00e0 la Maternit\u00e9 puisse l\u2019\u00e9vincer. Les femmes qui lui succ\u00e8dent dans cette fonction conserveront cette pr\u00e9rogative. C\u2019est seulement \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, avec la cr\u00e9ation du corps des accoucheurs des h\u00f4pitaux en 1881, que les sages-femmes en chef de Port-Royal cessent d\u2019avoir le droit d\u2019utiliser les instruments. Quant aux sages-femmes de campagne, qui doivent faire face seules aux situations d\u2019urgence, il n\u2019est pas rare qu\u2019elles aient un forceps dans leur trousse.<\/p>\n<p>Pendant les deux premiers tiers du XIXe si\u00e8cle, malgr\u00e9 une meilleure formation des soignants, les h\u00f4pitaux restent encore des lieux effrayants qui n\u2019accueillent que les filles m\u00e8res ou les pauvresses. Les naissances y sont bien plus dangereuses qu\u2019\u00e0 domicile. D\u00e8s 1856, des statistiques pr\u00e9cises ont \u00e9tabli que la mortalit\u00e9 en couches \u00e0 la Maternit\u00e9 de Port-Royal \u00e0 Paris est dix-neuf fois plus forte qu\u2019en ville (5,9% contre 0,3%). Ce sont surtout les \u00e9pid\u00e9mies de fi\u00e8vre puerp\u00e9rale, r\u00e9currentes jusqu\u2019en 1880, qui d\u00e9ciment les nouvelles accouch\u00e9es\u00a0: ainsi, en mai 1856, \u00e0 la Maternit\u00e9 de Port-Royal, 31 des 32 accouch\u00e9es meurent\u00a0!<\/p>\n<blockquote><p>Une \u00e9pid\u00e9mie de fi\u00e8vre puerp\u00e9rale \u00e0 la Maternit\u00e9 de Paris dans les ann\u00e9es 1860\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Elle \u00e9tait l\u00e0 depuis plusieurs heures, ab\u00eem\u00e9e dans ce doux affaissement de la d\u00e9livrance qui suit les \u00e9pouvantables d\u00e9chirements de l\u2019enfantement [&#8230;] Tout \u00e0 coup un cri [&#8230;] Presque au m\u00eame instant, d\u2019un lit \u00e0 c\u00f4t\u00e9, il s\u2019\u00e9leva un autre cri horrible, per\u00e7ant, terrifi\u00e9, le cri de quelqu\u2019un qui voit la mort [&#8230;] Il y avait alors \u00e0 la Maternit\u00e9 une de ces terribles \u00e9pid\u00e9mies puerp\u00e9rales qui soufflent la mort sur la f\u00e9condit\u00e9 humaine, un de ces empoisonnements de l\u2019air qui vident, en courant, par rang\u00e9es, les lits des accouch\u00e9es et qui autrefois faisaient fermer la clinique\u00a0: on croirait voir passer la peste, une peste qui noircit les visages en quelques heures, enl\u00e8ve tout, emporte les plus forts, les plus jeunes, une peste qui sort des berceaux, la Peste noire des m\u00e8res\u00a0! C\u2019\u00e9tait tout autour de Germinie, \u00e0 toute heure, la nuit surtout, des morts telles qu\u2019en fait la fi\u00e8vre de lait, des morts tourment\u00e9es, furieuses de cris, troubl\u00e9es d\u2019hallucination et de d\u00e9lire, des agonies auxquelles il fallait mettre la camisole de force de la folie, des agonies qui s\u2019\u00e9lan\u00e7aient tout \u00e0 coup, hors d\u2019un lit, en emportant les draps et faisaient frissonner toute la salle de l\u2019id\u00e9e de voir revenir les mortes de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre.<\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\n<strong>Les Fr\u00e8res Goncourt, Germinie Lacerteux, Paris, 1865, chapitre XX.<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>On ne conna\u00eet ni les causes ni les vecteurs de la propagation de la fi\u00e8vre puerp\u00e9rale, m\u00eame si on la sait tr\u00e8s contagieuse. Comme on pense que le mal se propage par les &#8220;miasmes&#8221; de l\u2019air, on se contente d\u2019a\u00e9rer les locaux par des courants d\u2019air, apr\u00e8s avoir isol\u00e9 les malades\u00a0; le personnel n\u2019est pas encore en blouse blanche et se lave rarement les mains, transmettant ainsi, sans le savoir, avec les doigts, les pansements et les instruments, les germes d\u2019une femme \u00e0 l\u2019autre. Il faudra un changement de mentalit\u00e9 radical pour que les m\u00e9decins, \u00e0 la suite des travaux de Semmelweis \u00e0 Vienne, de Lister \u00e0 Edimbourg, et de Pasteur \u00e0 Paris, acceptent de reconna\u00eetre qu\u2019ils sont les principaux agents de transmission de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. \u00c0 Paris, apr\u00e8s 1870, Tarnier met en \u0153uvre la premi\u00e8re politique de pr\u00e9vention de la fi\u00e8vre puerp\u00e9rale par une hygi\u00e8ne rigoureuse\u00a0: construction d\u2019un pavillon mod\u00e8le avec chambres individuelles, lavage des pi\u00e8ces \u00e0 grande eau apr\u00e8s chaque occupation. \u00c0 partir de 1878, un pas d\u00e9cisif est franchi, lorsque Pasteur montre aux m\u00e9decins l\u2019importance vitale des pratiques rigoureuses d\u2019asepsie, d\u2019antisepsie et de st\u00e9rilisation. Mises en application, elles permettent une baisse radicale de la mortalit\u00e9 maternelle\u00a0: d\u00e8s 1892, \u00e0 la Maternit\u00e9 de Paris, elle descend en dessous de 0,5% et, apr\u00e8s 1900, elle n\u2019est plus que de 0,13%. Peu \u00e0 peu l\u2019h\u00f4pital cesse de faire peur et appara\u00eet comme un lieu aseptis\u00e9, o\u00f9 l\u2019on pratique une m\u00e9decine qui sauve et qui gu\u00e9rit.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1840, la m\u00e9decine d\u00e9couvre le pouvoir des &#8220;drogues&#8221; anesth\u00e9siantes et analg\u00e9siques (opium, morphine, chloroforme, \u00e9ther). Si ces d\u00e9couvertes changent surtout les conditions d\u2019exercice de la chirurgie en rendant possible les anesth\u00e9sies, elles peuvent aussi s\u2019appliquer aux accouchements. En 1853, la reine Victoria donne naissance \u00e0 son huiti\u00e8me enfant sous chloroforme. La m\u00e9thode, connue d\u00e8s lors sous le nom d\u2019accouchement &#8220;\u00e0 la reine&#8221; est simple\u00a0: on fait aspirer par le nez quelques gouttes de chloroforme \u00e0 la parturiente au d\u00e9but des contractions, ce qui a pour effet de faire cesser les douleurs, avec un sommeil l\u00e9ger. La m\u00e9thode devient vite populaire en Angleterre et aux Etats-Unis. En France, les m\u00e9decins sont plus r\u00e9serv\u00e9s\u00a0: soulignant les effets secondaires de la m\u00e9thode (inertie ut\u00e9rine et h\u00e9morragies \u00e0 la d\u00e9livrance), ils pratiqueront peu l\u2019anesth\u00e9sie obst\u00e9tricale. En revanche, dans les pays anglo-saxons, les femmes, inform\u00e9es et regroup\u00e9es tr\u00e8s t\u00f4t en associations actives, sont nombreuses \u00e0 demander l\u2019administration des drogues, d\u00e8s les d\u00e9buts du travail. Les m\u00e9decins, plut\u00f4t r\u00e9ticents au d\u00e9part, sont amen\u00e9s \u00e0 y recourir de plus en plus, pour satisfaire leur client\u00e8le. Mais, paradoxalement, cette volont\u00e9 des femmes d\u2019abolir la douleur les conduit \u00e0 d\u00e9pendre plus exclusivement du m\u00e9decin\u00a0: car les sages-femmes, m\u00eame les mieux form\u00e9es, ne peuvent administrer les drogues, pas plus qu\u2019elles ne sont autoris\u00e9es \u00e0 se servir des instruments. Seuls les hommes m\u00e9decins savent doser les analg\u00e9siques et d\u00e9tiennent ainsi la possibilit\u00e9 d\u2019un bon accouchement, sans douleur. Il faut donc recourir de plus en plus \u00e0 eux, avec tout ce que cela implique de distance prise par rapport \u00e0 l\u2019ancienne sociabilit\u00e9 f\u00e9minine de la chambre d\u2019accouchement. En outre, la sophistication de plus en plus grande des m\u00e9thodes employ\u00e9es conduit le m\u00e9decin \u00e0 attirer ses clientes vers l\u2019h\u00f4pital qui, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, se transforme pour devenir un espace de soins.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">L\u2019accouchement \u00e0 l\u2019hopital au XXe si\u00e8cle<\/h3>\n<p>En France, comme aux Etats-Unis, c\u2019est dans les ann\u00e9es 1920-30 que la naissance en milieu m\u00e9dicalis\u00e9 se r\u00e9pand, surtout dans les grandes villes\u00a0; \u00e0 Paris, en 1939, il concerne d\u00e9j\u00e0 la majorit\u00e9 des naissances (67,8%, contre 7,7% \u00e0 domicile et 24,3% chez une sage-femme). En France, les femmes acceptent ce changement pour diverses raisons. D\u2019abord, parce que l\u2019Etat les aide davantage au moment de leurs couches, depuis qu\u2019il a pris conscience des dangers de la d\u00e9natalit\u00e9. En effet, la France se d\u00e9peuple dangereusement\u00a0: le taux de natalit\u00e9 baisse r\u00e9guli\u00e8rement (21,4% en 1920\u00a0; 14,6% en 1938) et, \u00e0 partir de 1935, le chiffre absolu des d\u00e9c\u00e8s l\u2019emporte sur celui des naissances. Pour stimuler la natalit\u00e9, l\u2019Etat est amen\u00e9 \u00e0 aider pour leurs couches les salari\u00e9es les moins pay\u00e9es\u00a0: elles ont droit \u00e0 une prise en charge forfaitaire des frais d\u2019accouchement, au versement pendant douze semaines d\u2019une indemnit\u00e9 \u00e9gale \u00e0 la moiti\u00e9 du salaire et \u00e0 des allocations mensuelles d\u2019allaitement. M\u00eame si en 1939, la loi est encore mal appliqu\u00e9e (un tiers seulement des naissances donne lieu \u00e0 des prestations), elle fait de l\u2019accouchement un acte m\u00e9dical, et non plus un acte d\u2019entraide ou d\u2019assistance, comme il l\u2019\u00e9tait autrefois. Cela habitue peu \u00e0 peu les futures m\u00e8res \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire leurs couches dans un espace m\u00e9dicalis\u00e9.<\/p>\n<p>D\u2019autant plus que, dans le m\u00eame temps, l\u2019h\u00f4pital a chang\u00e9 pour devenir un haut lieu de technicit\u00e9 m\u00e9dicale. Ainsi pour la tr\u00e8s ancienne &#8220;maison d\u2019accouchement&#8221; qu\u2019est la Maternit\u00e9 du boulevard de Port-Royal, \u00e0 Paris\u00a0: de 1922 \u00e0 1929, sous la direction du docteur Couvelaire, l\u2019\u00e9tablissement est compl\u00e8tement transform\u00e9\u00a0; de l\u2019hospice traditionnel vou\u00e9 \u00e0 l\u2019assistance des femmes les plus pauvres, on passe \u00e0 un \u00e9tablissement moderne et plurifonctionnel, dont l\u2019architecture, soigneusement pens\u00e9e, refl\u00e8te les diff\u00e9rentes finalit\u00e9s\u00a0: maison d\u2019accouchement, mais aussi lieu de consultations de grossesse, de gyn\u00e9cologie et de pu\u00e9riculture. A c\u00f4t\u00e9 de la maternit\u00e9 et des consultations sp\u00e9cialis\u00e9es, on trouve des laboratoires d\u2019analyses, un centre de donneuses de lait, une consultation pr\u00e9nuptiale, un dispensaire anti-syphilitique et une maternit\u00e9 sp\u00e9cialement isol\u00e9e pour les tuberculeuses. Les locaux sont vastes, propres, a\u00e9r\u00e9s, confortables\u00a0; d\u00e8s son arriv\u00e9e, chaque patiente est orient\u00e9e par le sp\u00e9cialiste vers le service qui convient \u00e0 son \u00e9tat\u00a0; on est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du d\u00e9sordre et de la promiscuit\u00e9 qui caract\u00e9risaient les anciens \u00e9tablissements hospitaliers. Mais le quotidien de l\u2019h\u00f4pital reste encore marqu\u00e9 par son pass\u00e9 d\u2019assistance aux pauvres.<\/p>\n<blockquote><p>T\u00e9moignages de femmes ayant accouch\u00e9 \u00e0 la Maternit\u00e9 de Port-Royal entre les deux guerres (d\u2019apr\u00e8s Fran\u00e7oise Th\u00e9baud)\u00a0: <i>&#8220;l\u2019h\u00f4pital, c\u2019\u00e9tait pour les filles m\u00e8res et les femmes de besoin&#8221;\u00a0; &#8220;on craignait les \u00e9pid\u00e9mies en maternit\u00e9&#8221;\u00a0; &#8220;aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, c\u2019\u00e9tait presque mourir \u00e0 cette \u00e9poque\u00a0; ce n\u2019\u00e9tait pas des soins, c\u2019\u00e9tait les derniers moments [&#8230;] Franchir le seuil&#8230; y avait le cercueil qui suivait&#8230;&#8221;<\/i> Mais plusieurs femmes l\u2019ont bien accept\u00e9\u00a0: <i>&#8220;tout le monde s\u2019accordait \u00e0 dire que les maternit\u00e9s pr\u00e9sentaient toutes garanties de soins et d\u2019hygi\u00e8ne, tant pour la m\u00e8re que pour l\u2019enfant&#8221;\u00a0; &#8220;c\u2019\u00e9tait pr\u00e8s, plus s\u00fbr et le logement \u00e9tait trop petit&#8221;<\/i>.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tout n\u2019est pas rose cependant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019h\u00f4pital. Les femmes y sont totalement soumises au personnel m\u00e9dical qui garde encore \u00e0 leur \u00e9gard la m\u00e9fiance qui \u00e9tait de rigueur envers la client\u00e8le pauvre des anciens hospices. D\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, c\u2019est l\u2019anonymat\u00a0; elles sont syst\u00e9matiquement d\u00e9shabill\u00e9es, lav\u00e9es et ras\u00e9es, par crainte de la vermine et des poux\u00a0: &#8220;les gens sont sales&#8221;, dit le personnel hospitalier. Toutes sont habill\u00e9es du m\u00eame linge, marqu\u00e9 des initiales de l\u2019Assistance Publique &#8220;A.P&#8221; (m\u00eame le pain, se souvient une vieille dame, \u00e9tait marqu\u00e9\u00a0!). L\u2019accouchement se d\u00e9roule souvent dans une totale solitude, car tous les \u00e9trangers au service (m\u00e8res, amies, maris) sont syst\u00e9matiquement refoul\u00e9s au nom des r\u00e8gles de l\u2019hygi\u00e8ne. La femme reste seule avec son angoisse et sa douleur. Les cris, voire le &#8220;hurlement continu&#8221;, sont toujours mentionn\u00e9s\u00a0: ils disent la souffrance, mais ils att\u00e9nuent aussi l\u2019angoisse. Les souffrances sont en g\u00e9n\u00e9ral accept\u00e9es avec r\u00e9signation, car l\u2019accouchement reste v\u00e9cu comme une \u00e9preuve initiatique qu\u2019il faut surmonter pour \u00eatre vraiment m\u00e8re\u00a0: &#8220;la femme attendait la naissance, elle attendait la souffrance&#8221;\u00a0; d\u2019autres soulignent fi\u00e8rement qu\u2019elles ont &#8220;tenu le coup&#8221;, qu\u2019il faut &#8220;m\u00e9riter&#8221; son b\u00e9b\u00e9 et que le souvenir des douleurs s\u2019estompe une fois qu\u2019il est n\u00e9. Les cris sont donc n\u00e9cessaires et encourag\u00e9s par le personnel\u00a0: c\u2019est la seule libert\u00e9 qui soit laiss\u00e9e aux parturientes. Ces cris, souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et sauvages, donnent aux maternit\u00e9s de cette \u00e9poque une atmosph\u00e8re bien effrayante pour celles qui y accouchent pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la naissance, la vie collective est marqu\u00e9e par des r\u00e8gles tr\u00e8s strictes qui s\u2019apparentent \u00e0 celles d\u2019un couvent\u00a0: repas tr\u00e8s t\u00f4t et visites rares (une heure par jour, trois personnes au maximum)\u00a0; les familles sont des intruses qui g\u00eanent le fonctionnement de l\u2019\u00e9tablissement. Il est impossible de s\u2019isoler\u00a0: les salles communes ont dix \u00e0 quarante lits, ce qui rend difficile le repos total et accentue la solitude de celles qui n\u2019ont ni visites ni cadeaux\u00a0; en revanche, cela peut aussi faciliter les bavardages et partages de friandises et reconstituer un peu du &#8220;caquetage&#8221; chaleureux d\u2019autrefois. Soulignons aussi que, pour certaines femmes de milieux modestes, habitu\u00e9es \u00e0 travailler dur, le s\u00e9jour \u00e0 la maternit\u00e9 a pu \u00eatre v\u00e9cu comme une parenth\u00e8se confortable et reposante, pouvant m\u00eame ressembler \u00e0 des vacances (fort rares \u00e0 l\u2019\u00e9poque)\u00a0!<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 des progr\u00e8s \u00e9vidents accomplis en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de confort, l\u2019h\u00f4pital garde longtemps une image d\u00e9favorable\u00a0: les femmes qui en ont les moyens pr\u00e9f\u00e8rent toujours accoucher \u00e0 domicile, m\u00eame dans les grandes villes. L\u2019accouchement \u00e0 la maison est effectu\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral par une sage-femme, ou un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste dont la formation obst\u00e9tricale est assez sommaire (trois semaines de stage hospitalier). Pour les femmes des milieux ais\u00e9s, le journal Maman, en f\u00e9vrier 1932, donne une longue liste d\u2019objets \u00e0 pr\u00e9parer avant la naissance. La minutie et la longueur des prescriptions ne doivent pas d\u00e9courager celles qui choisissent d\u2019accoucher chez elles, car &#8220;cet acte physiologique s\u2019accommode \u00e0 merveille d\u2019un milieu intime, familial, discret.&#8221; \u00c0 la campagne, les grands h\u00f4pitaux modernes n\u2019existent pas\u00a0: les sages-femmes viennent \u00e0 domicile, ou surveillent les accouchements dans de petites maternit\u00e9s rurales de quelques lits, peu \u00e9quip\u00e9es, o\u00f9 le m\u00e9decin ne passe que de fa\u00e7on \u00e9pisodique. L\u2019accouchement \u00e0 la maison reste la r\u00e8gle et, dans certaines r\u00e9gions, les conditions n\u2019ont gu\u00e8re chang\u00e9 depuis l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: en 1937, encore, 500 cantons sur 2200 sont d\u00e9pourvus de sages-femmes instruites\u00a0; comme au XVIIIe si\u00e8cle, des matrones form\u00e9es sur le tas, plus ou moins expertes, sont seules pour assister les femmes en couches.<\/p>\n<p>Dans l\u2019entre-deux-guerres, il n\u2019y a pas de consensus sur le lieu id\u00e9al de l\u2019accouchement et, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, il n\u2019est pas certain que l\u2019accouchement \u00e0 domicile soit plus dangereux que l\u2019accouchement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. On observe en fait la coexistence de deux pratiques, la bourgeoisie urbaine et les paysannes accouchant plus volontiers \u00e0 la maison, et les classes populaires urbaines, plut\u00f4t en milieu hospitalier. \u00c0 partir de 1952, l\u2019\u00e9volution s\u2019acc\u00e9l\u00e8re\u00a0: la majorit\u00e9 des accouchements a lieu d\u00e9sormais en milieu hospitalier (53% en 1952, 85% en 1962).<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1950, en France, a lieu une autre mutation\u00a0: \u00e0 l\u2019initiative du docteur Fernand Lamaze (1890-1957), accoucheur \u00e0 Paris \u00e0 la polyclinique des m\u00e9tallurgistes (rue des Bluets), est mise au point une m\u00e9thode d\u2019accouchement \u201csans douleur&#8221;, inspir\u00e9e des recherches de m\u00e9decins sovi\u00e9tiques, disciples de Pavlov. La m\u00e9thode (originale par rapport au mod\u00e8le sovi\u00e9tique) propose une pr\u00e9paration psychique et physique agissant sur l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et visant \u00e0 supprimer la douleur. En 1952, 500 accouchements &#8220;sans douleur&#8221; sont r\u00e9alis\u00e9s aux Bluets. Dans un article publi\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque dans La Gazette m\u00e9dicale de France, Lamaze insiste sur l\u2018efficacit\u00e9 de sa m\u00e9thode\u00a0: &#8220;la Maternit\u00e9 du m\u00e9tallurgiste est une Maternit\u00e9 o\u00f9 on ne crie plus. On n\u2019y crie plus parce que l\u2019on n\u2019y souffre plus.&#8221;. Malgr\u00e9 ses succ\u00e8s \u00e9vidents, l\u2019exp\u00e9rience a ses d\u00e9tracteurs\u00a0: m\u00e9decins conservateurs oppos\u00e9s \u00e0 la pratique de Lamaze, compagnon de route du PCF et travaillant dans un \u00e9tablissement g\u00e9r\u00e9 par les syndicats CGT de la m\u00e9tallurgie de la Seine\u00a0; m\u00e9decins et milieux traditionalistes attach\u00e9s \u00e0 la lettre de la mal\u00e9diction biblique\u00a0; gestionnaires trouvant la nouvelle m\u00e9thode trop co\u00fbteuse en personnel, en locaux et en moyens. Pourtant d\u00e8s 1953, les partisans de l\u2019Accouchement sans Douleur commencent \u00e0 faire \u00e9cole. Propag\u00e9e par des tourn\u00e9es de conf\u00e9rences, vigoureusement soutenu par l\u2019Union des Femmes fran\u00e7aises (proche du parti communiste), la m\u00e9thode se r\u00e9pand dans toute la France de 1953 \u00e0 1956. \u00c0 cette date, les femmes obtiennent de la S\u00e9curit\u00e9 sociale, le remboursement des six s\u00e9ances de pr\u00e9paration qui passent \u00e0 8 dans les ann\u00e9es 1960. En 1956, Pie XII donne son approbation \u00e0 la m\u00e9thode, ce qui l\u00e8ve d\u00e9finitivement les r\u00e9ticences des milieux catholiques. En 1974, avec l\u2019ouverture d\u2019un Centre de planification et d\u2019\u00e9ducation familiale, la Polyclinique des Bluets se trouva \u00e0 la t\u00eate d\u2019un nouveau combat pour la sant\u00e9 des femmes, celui de la contraception et de l\u2019avortement (la loi Veil est vot\u00e9e en 1975). Au cours des ann\u00e9es 1970-80, se produisent d\u2019autres transformations fondamentales des pratiques de naissance (\u00e9chographie, monitoring, p\u00e9ridurale) qui font oublier la \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb de l\u2019accouchement sans douleur, qui avait pourtant donn\u00e9 aux femmes une ma\u00eetrise certaine sur leur corps pendant l\u2019accouchement.<\/p>\n<h3 class=\"h3 spip\">Conclusion<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9volution qui a conduit les femmes \u00e0 quitter leurs foyers pour venir accoucher en milieu m\u00e9dicalis\u00e9 a dur\u00e9 plusieurs si\u00e8cles et a eu des causes tr\u00e8s vari\u00e9es\u00a0: l\u2019int\u00e9r\u00eat nouveau des m\u00e9decins pour l\u2019obst\u00e9trique et leur entr\u00e9e en force dans les chambres d\u2019accouch\u00e9es\u00a0; la volont\u00e9 des femmes de ne plus mourir en couches et de ne plus souffrir\u00a0; les mutations des th\u00e9ories m\u00e9dicales apr\u00e8s Pasteur et la transformation des h\u00f4pitaux en \u00e9tablissements de haute technicit\u00e9\u00a0; la m\u00e9dicalisation de la soci\u00e9t\u00e9 et particuli\u00e8rement, de la naissance et de la petite enfance. Si les femmes n\u2019ont pas toujours \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de ces changements, elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 les victimes de cette \u00e9volution\u00a0; les plus conscientes ont souhait\u00e9 ces mutations qui signifiaient, pour elles et leurs b\u00e9b\u00e9s, davantage de s\u00e9curit\u00e9, moins de souffrances et de mutilations.<\/p>\n<p>Mais le lieu o\u00f9 la femme accouche et o\u00f9 na\u00eet son enfant est bien plus qu\u2019un simple espace de soins. Il participe \u00e0 la symbolique et au myst\u00e8re qui sont au coeur de toute naissance humaine. Il conditionne un certain nombre de gestes, d\u2019attitudes et diff\u00e9rentes formes de sociabilit\u00e9. Autrefois, pr\u00e8s de la chemin\u00e9e famili\u00e8re, l\u2019accouch\u00e9e \u00e9tait accompagn\u00e9e et rassur\u00e9e dans son travail et ses douleurs par les femmes de sa communaut\u00e9\u00a0; cette aide \u00e0 la fois charnelle et morale \u00e9tait capitale, elle permettait de surmonter l\u2019angoisse de mort qui entoure in\u00e9vitablement chaque venue au monde. Sans vouloir \u00eatre nostalgique du bon vieux temps, force est de constater que la chaleur amicale et s\u00e9curisante des anciens accouchements \u00e0 la maison s\u2019est perdue avec le passage \u00e0 l\u2019h\u00f4pital\u00a0: le lieu anonyme et aseptis\u00e9, le face \u00e0 face distant avec un personnel inconnu et interchangeable, l\u2019interventionnisme m\u00e9dical de plus en plus pesant, sont peu faits pour rassurer, m\u00eame si la prise en charge de la douleur y est efficace et le danger de mort presque totalement \u00e9cart\u00e9. Il faut souhaiter que la richesse affective des accouchements d\u2019autrefois puisse r\u00e9appara\u00eetre aujourd\u2019hui sous d\u2019autres formes qui restent \u00e0 exp\u00e9rimenter.<\/p>\n<p>Mais ces exp\u00e9rimentations ne devraient pas se faire n\u2019importe comment. Remarquons, par exemple, que, depuis quelques d\u00e9cennies, le p\u00e8re s\u2019est vu proposer un r\u00f4le qu\u2019il n\u2019avait jamais connu autrefois\u00a0: on lui a demand\u00e9 non seulement d\u2019assister \u00e0 l\u2019accouchement et de rassurer sa femme, mais de faire un certain nombre de gestes pr\u00e9cis, comme couper le cordon ou baigner le nouveau-n\u00e9\u00a0; il y a l\u00e0 proprement l\u2019invention d\u2019un rituel, qui n\u2019a rien de commun avec les rituels du pass\u00e9 et dont les fondements demeurent assez flous (y-a-t-il eu surinterpr\u00e9tation psychanalytique ou revendication des &#8220;nouveaux p\u00e8res&#8221;\u00a0?). Toujours est-il qu\u2019aujourd\u2019hui, un certain nombre d\u2019hommes osent dire qu\u2019ils n\u2019ont pas envie d\u2019assister \u00e0 l\u2019accouchement de leur femme et veulent se soustraire au rituel impos\u00e9\u00a0; c\u2019est sans doute mieux ainsi.<\/p>\n<p class=\"signature\">Au terme de cette histoire s\u00e9culaire de la naissance, o\u00f9 l\u2019on a montr\u00e9 comment pendant longtemps, les femmes ont accouch\u00e9 chez elles sans personnel m\u00e9dical, il est permis de s\u2019interroger sur les effets pervers d\u2019une m\u00e9dicalisation qui se renforce actuellement\u00a0: en 2003, 20% des accouchements ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9s (afin de permettre une meilleure rationalisation des soins), 75% ont eu lieu sous p\u00e9ridurale et 20% se sont termin\u00e9s par une c\u00e9sarienne. Heureusement qu\u2019il y a encore quelques praticiens pour affirmer que la grossesse n\u2019est pas une maladie et la naissance un acte parfaitement naturel\u00a0!<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"ps\">\n<h2 class=\"h2\">R\u00e9f\u00e9rences&#8230;<\/h2>\n<div class=\"surlignable\">\n<ul class=\"spip\">\n<li><i>L\u2019heureux \u00e9v\u00e9nement. Une histoire de l\u2019accouchement<\/i>. Catalogue de l\u2019exposition du Mus\u00e9e de l\u2019Assistance publique, Paris, 1995, 180\u00a0p.<\/li>\n<li>S. BEAUVALET-BOUTOUYRIE, <i>Na\u00eetre \u00e0 l\u2019h\u00f4pital au XIXe si\u00e8cle<\/i>, Paris, Belin, 1999, 432\u00a0p.<\/li>\n<li>M.\u00a0CARON-LEULLIEZ, J. GEORGE, <i>L\u2019Accouchement sans douleur. Histoire d\u2019une r\u00e9volution oubli\u00e9e<\/i>, Paris, Editions de l\u2019Atelier, 2004, 254\u00a0p.<\/li>\n<li>M.\u00a0DUBESSET, M.\u00a0ZANCARINI-FOURNEL, <i>Parcours de femmes. Repr\u00e9sentations et r\u00e9alit\u00e9s<\/i>. Saint-Etienne 1880-1950, Lyon, PUL, 1993, 270\u00a0p.<\/li>\n<li>O. FAURE, <i>\u00ab\u00a0Les sages-femmes en France au XIXe si\u00e8cle\u00a0: les institutrices du syst\u00e8me de sant\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i> in\u00a0p. Bourdelais et O. Faure (dir.), <i>Les nouvelles pratiques de sant\u00e9. Acteurs, objets, logiques sociales, XVIIIe-XIXe si\u00e8cles<\/i>, Paris, Belin, 2005,\u00a0p. 157-174.<\/li>\n<li>J. GELIS, M.\u00a0LAGET, M.-F. MOREL, <i>Entrer dans la vie. Naissances et enfances dans la France traditionnelle<\/i>, Paris, Gallimard, Archives, 1978, 246\u00a0p.<\/li>\n<li>J. GELIS, <i>L\u2019arbre et le fruit. La naissance dans l\u2019occident moderne (XVIe-XIXe si\u00e8cles) <\/i>, Paris, Fayard, 1984, 612\u00a0p.<\/li>\n<li>J. GELIS, <i>La sage-femme ou le m\u00e9decin. Une nouvelle conception de la vie<\/i>, Paris, Fayard, 1988, 566\u00a0p.<\/li>\n<li>J. GELIS, <i>Accoucheur de campagne sous le roi-soleil\u00a0: le trait\u00e9 d\u2019accouchement de Guillaume Mauquest de la Motte<\/i>, Collection &#8220;R\u00e9surgences&#8221;, Toulouse, Privat, 1979 &amp; Imago, 1989, 150\u00a0p.<\/li>\n<li>Y. KNIBIEHLER, <i>Accoucher. Femmes, sages-femmes et m\u00e9decins depuis le milieu du XXe si\u00e8cle<\/i>, Rennes, ENSP, 2007, 192\u00a0p.<\/li>\n<li>Y. KNIBIEHLER et C. FOUQUET, <i>L\u2019Histoire des m\u00e8res du Moyen \u00c2ge \u00e0 nos jours<\/i>, Paris, Montalba, 1980, 367\u00a0p.<\/li>\n<li>M.\u00a0LAGET, <i>Naissances. L\u2019accouchement avant l\u2019\u00e2ge de la clinique<\/i>, Paris, Seuil, 1982, 351\u00a0p.<\/li>\n<li>N. SAGE-PRANCH\u00c8RE, <i>Mettre au monde. Sages-femmes et accouch\u00e9es en Corr\u00e8ze au XIXe si\u00e8cle<\/i>, Tulle, Archives d\u00e9partementales de Corr\u00e8ze, 2007, 796\u00a0p.<\/li>\n<li>F. TH\u00c9BAUD, <i>Quand nos grands-m\u00e8res donnaient la vie&#8230;La maternit\u00e9 en France entre les deux guerres<\/i>, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1986, 315\u00a0p.<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire de la naissance a longtemps \u00e9t\u00e9 une histoire immobile : pendant des mill\u00e9naires, chaque femme accouchait \u00e0 la maison, dans un espace familier, entour\u00e9e de compagnes plus ou moins expertes. Deux mutations essentielles, l\u2019une concernant les accompagnants, l\u2019autre le lieu de l\u2019accouchement, vont changer radicalement les conditions de la naissance. C\u2019est d\u2019abord aux XVIIe&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-wrapper\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?page_id=96\">Continue<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":13,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/96"}],"collection":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=96"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/96\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":97,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/96\/revisions\/97"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/13"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=96"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}