{"id":400,"date":"2021-10-28T17:02:16","date_gmt":"2021-10-28T15:02:16","guid":{"rendered":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?p=400"},"modified":"2021-10-28T17:02:16","modified_gmt":"2021-10-28T15:02:16","slug":"paul-cesbron-1941-2021","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?p=400","title":{"rendered":"Paul Cesbron (1941-2021)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Paul Cesbron et la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"275\" height=\"183\" src=\"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/image.jpeg\" alt=\"https:\/\/static1.lequotidiendumedecin.fr\/cdn\/ff\/IyIzjuH5jYOwupKaxWDQ331Lw-qYM3tishGfXjIRUFI\/1634917598\/public\/styles\/gps_large\/public\/images\/2021\/10\/d38adcb7-db6f-49ca-8d36-09e2eda754f1.jpg?itok=e-_hrLyB\" class=\"wp-image-401\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><em>L&#8217;hommage lu aux obs\u00e8ques de Paul Cesbron le samedi 23 octobre 2021 <\/em><br><em>par Marie-France Morel, pr\u00e9sidente de la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sans Paul Cesbron, la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance n&#8217;aurait jamais exist\u00e9. En 2001, il y a tout juste 20 ans, Paul avait compris la n\u00e9cessit\u00e9 de proposer aux soignants qui travaillaient autour de lui d&#8217;en savoir plus sur les racines de leur histoire. Pour ceux qui g\u00e8rent les naissances d&#8217;aujourd&#8217;hui au quotidien, il pensait que c&#8217;est un enrichissement de savoir comment se passaient les naissances d&#8217;autrefois ou d&#8217;ailleurs. Paul a donc cr\u00e9\u00e9 cette petite soci\u00e9t\u00e9 savante pour faire dialoguer les soignants de la naissance (obst\u00e9triciens, sages-femmes, pu\u00e9ricultrices, psychologues) avec des chercheurs universitaires (historiens, sociologues, philosophes, anthropologues, ethnologues&#8230;).<br>Dans cette entreprise, il a demand\u00e9 \u00e0 la grande historienne de la maternit\u00e9, Yvonne Knibiehler, de pr\u00e9sider la SHN. Elle aussi \u00e9tait persuad\u00e9e de l&#8217;int\u00e9r\u00eat de la collaboration entre historiens et sages-femmes, Elle l&#8217;a montr\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises : d&#8217;abord en \u00e9crivant un ouvrage en collaboration avec Paul (<em>La Naissance en Occident<\/em>, Paris, Albin Michel, 2004), puis en enqu\u00eatant pour son livre <em>Accoucher, femmes, sages-femmes et m\u00e9decins depuis le milieu du XXe si\u00e8cle<\/em> (Rennes, ENSP, 2007, r\u00e9\u00e9dition en 2016), qui doit tout \u00e0 la SHN et aux sages-femmes qu&#8217;elle y a rencontr\u00e9es. Dans l&#8217;introduction, elle \u00e9crit : \u00ab L&#8217;histoire rend aux groupes sociaux un service comparable \u00e0 celui que la psychanalyse rend aux individus : elle \u00e9lucide la m\u00e9moire, pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l&#8217;identit\u00e9.\u00a0\u00bb<br>Il y a un lien \u00e9vident entre les activit\u00e9s militantes de Paul * et la fondation de la SHN. Ce n&#8217;est pas un hasard en effet si l&#8217;un des premiers objets d&#8217;\u00e9tudes de la Soci\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l&#8217;histoire de l&#8217;accouchement sans douleur (ASD, ou psychoprophylaxie obst\u00e9tricale &#8211; PPO), initi\u00e9 par le docteur Fernand Lamaze, compagnon de route du PC, \u00e0 la clinique des m\u00e9tallos de la CGT de la rue des Bluets en 1952. Rare moment dans l&#8217;histoire o\u00f9 la mani\u00e8re d&#8217;accoucher est devenue un enjeu politique. De la part de m\u00e9decins militants, il s&#8217;agissait d&#8217;initier une nouvelle mani\u00e8re d&#8217;accompagner le travail de l&#8217;accouchement avec une m\u00e9thode fond\u00e9e sur les travaux de Pavlov et venue d&#8217;URSS en pleine guerre froide. Pour ses initiateurs, la m\u00e9thode avait deux avantages : elle montrait la sup\u00e9riorit\u00e9 de la science sovi\u00e9tique sur celle de l&#8217;Occident qui ne connaissait presque rien pour soulager les parturientes, \u00e0 part l&#8217;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale ; elle \u00e9tait aussi un r\u00e9el soulagement pour toutes les femmes, et a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e d&#8217;abord aux militantes, puis peu \u00e0 peu \u00e0 toutes les femmes qui accouchaient dans les ann\u00e9es 1950 et 1960. <br>En 2002, \u00e0 Ch\u00e2teauroux, chez son ami Max Ploquin, Paul organise le premier colloque de la SHN consacr\u00e9 au 50e anniversaire de l&#8217;ASD, avec notamment de nombreux t\u00e9moins encore vivants. \u00c0 la suite de ce colloque et des travaux de la SHN, deux historiennes, Marianne Caron Leulliez et Jocelyne George, ont publi\u00e9 un grand livre <em>L&#8217;accouchement sans douleur. Histoire d&#8217;une r\u00e9volution oubli\u00e9e<\/em> (\u00e9ditions de l&#8217;Atelier, 2004).<br>En 2005, Yvonne Knibiehler a souhait\u00e9 mettre un terme \u00e0 son mandat de pr\u00e9sidente. Paul, qui \u00e9tait secr\u00e9taire et faisait tout fonctionner, aurait pu lui succ\u00e9der, mais il ne souhaitait pas se mettre en avant, persuad\u00e9 qu&#8217;il fallait une historienne pour pr\u00e9sider. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il m&#8217;a demand\u00e9 d&#8217;accepter le poste de pr\u00e9sidente. Durant 16 ans jusqu&#8217;en 2017, Paul a exerc\u00e9 les fonctions de secr\u00e9taire de mani\u00e8re exemplaire, invitant les conf\u00e9renciers les plus int\u00e9ressants pour nos journ\u00e9es trimestrielles, veillant \u00e0 ce que les interventions soient dactylographi\u00e9es ou enregistr\u00e9es, pour qu&#8217;il reste une trace de nos s\u00e9ances, apportant lui-m\u00eame en voiture des cartons de livres et de polycopi\u00e9s des travaux de la SHN pour les distribuer, organisant tous les trois ans des colloques de haut niveau r\u00e9unissant un public de 200 \u00e0 300\u00a0personnes (sages-femmes, soignants, historiens et usagers de la naissance\u2026 ). En 2017, Ma\u00ef Le D\u00fb, sage-femme et sociologue, lui a succ\u00e9d\u00e9 avec comp\u00e9tence et d\u00e9vouement. Mais, symboliquement, la Soci\u00e9t\u00e9 est rest\u00e9e domicili\u00e9e chez lui \u00e0 Creil jusqu&#8217;\u00e0 ce jour. Toutes ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Paul a continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s pr\u00e9sent \u00e0 nos r\u00e9unions et aussi lors de discussions priv\u00e9es avec les uns et les autres.<br>Dans nos r\u00e9unions et colloques, Paul avait deux passions : les sages-femmes, dont il voulait toujours mettre en avant la dignit\u00e9 et la l\u00e9gitimit\u00e9 (cette attitude n&#8217;est pas si fr\u00e9quente chez les obst\u00e9triciens) ; et les historiens avec lesquels il \u00e9changeait sur l&#8217;histoire de la m\u00e9decine. Il avait une immense culture historique. Il avait lu tous les trait\u00e9s anciens d&#8217;obst\u00e9trique avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour les sages-femmes pionni\u00e8res, Louise Bourgeois au XVIIe si\u00e8cle et Ang\u00e9lique Le Boursier du Coudray au XVIIIe si\u00e8cle. Il avait aussi une grande admiration pour l&#8217;accoucheur hongrois Ignaz Semmelweis (et pour C\u00e9line qui avait \u00e9crit sa th\u00e8se de m\u00e9decine sur lui), parce qu&#8217;il avait essay\u00e9, au milieu du XIXe si\u00e8cle, de sauver la vie des femmes en couches, en ordonnant aux accoucheurs de Vienne de se laver les mains avec de l&#8217;hypochlorite de calcium pour ne pas propager la fi\u00e8vre puerp\u00e9rale. Il n&#8217;\u00e9tait pas tendre avec les m\u00e9decins d&#8217;autrefois et il s&#8217;enflammait parfois \u00e0 propos de leur suffisance et de leur inhumanit\u00e9. Nous avons eu souvent des discussions \u00e0 ce propos, en particulier s&#8217;agissant des dissections anatomiques tent\u00e9es sur des esclaves vivants dans la prestigieuse \u00e9cole m\u00e9dicale d&#8217;Alexandrie \u00e0 l&#8217;\u00e9poque hell\u00e9nistique (au 3e si\u00e8cle avant notre \u00e8re). C&#8217;\u00e9tait pour lui la faute originelle, inexcusable, de la m\u00e9decine occidentale.<br>Pour nous les historiens, le rencontrer \u00e9tait une ouverture inestimable ; quand nous lisions dans les archives le r\u00e9cit d&#8217;un accouchement difficile ou d&#8217;une mort en couches, il \u00e9tait int\u00e9ressant d&#8217;avoir son point de vue sur les probl\u00e8mes obst\u00e9tricaux et les \u00e9ventuelles autopsies. Il a par exemple rendu pr\u00e9cis\u00e9ment hommage \u00e0 Louise Bourgeois pour sa gestion habile et prudente en 1608 d&#8217;une rare pr\u00e9sentation par la face lors de la naissance de Gaston, l&#8217;un des enfants de Henri IV et Marie de M\u00e9dicis.<br>Paul \u00e9tait un humaniste, \u00e0 la fois comme m\u00e9decin et comme historien. Merci Paul pour la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance qui continuera apr\u00e8s toi les confrontations si f\u00e9condes entre m\u00e9decins, sages-femmes et sp\u00e9cialistes de sciences humaines !<\/p>\n\n\n\n<ul><li>Voir <a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/disparition-paul-cesbron-medecin-et-humaniste-725005\">sa biographie dans L&#8217;Humanit\u00e9 du 22 octobre 2021<\/a>.<\/li><\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paul Cesbron et la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance L&#8217;hommage lu aux obs\u00e8ques de Paul Cesbron le samedi 23 octobre 2021 par Marie-France Morel, pr\u00e9sidente de la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance. Sans Paul Cesbron, la Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Histoire de la Naissance n&#8217;aurait jamais exist\u00e9. 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