{"id":520,"date":"2025-03-02T14:36:31","date_gmt":"2025-03-02T13:36:31","guid":{"rendered":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?p=520"},"modified":"2025-03-03T11:07:51","modified_gmt":"2025-03-03T10:07:51","slug":"hommage-a-yvonne-knibiehler","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/?p=520","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Yvonne Knibiehler"},"content":{"rendered":"\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance a perdu sa premi\u00e8re pr\u00e9sidente et sa cofondatrice. Les ann\u00e9es passant, Yvonne Knibiehler avait fini par nous sembler, \u00e0 toutes et tous, au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 et dans les multiples soci\u00e9t\u00e9s savantes et associations auxquelles elle avait contribu\u00e9, \u00e9ternelle.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"214\" height=\"321\" src=\"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/9782702137277-T.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-525\" style=\"width:839px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/9782702137277-T.jpeg 214w, https:\/\/societe-histoire-naissance.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/9782702137277-T-200x300.jpeg 200w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>N\u00e9e en 1922 \u00e0 Montpellier, Yvonne Knibiehler a men\u00e9 plusieurs carri\u00e8res en une vie : professeure agr\u00e9g\u00e9e d\u2019histoire (1945), docteure d\u2019\u00c9tat (1970), professeure \u00e0 l\u2019universit\u00e9 d\u2019Aix-en-Provence (1972), fondatrice du Centre d\u2019\u00c9tudes f\u00e9minines de l\u2019universit\u00e9 de Provence et initiatrice des premiers enseignements d\u2019histoire des femmes en France avant m\u00eame le cours lanc\u00e9 \u00e0 Paris sous les auspices de Michelle Perrot, Fabienne Bock et Pauline Schmitt-Pantel, enfin membre active et fondatrice de plusieurs associations et soci\u00e9t\u00e9s savantes dont la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance fut, avec Demeter-Kor\u00e9, une des petites derni\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2018, au seuil de sa 97<sup>e<\/sup>&nbsp;ann\u00e9e, elle nous \u00e9crivait pour nous dire son regret de ne plus pouvoir assister aux journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude de la SHN, et, avec modestie, remerciait de \u00ab&nbsp;[l\u2019]avoir associ\u00e9e \u00e0 [nos] activit\u00e9s pendant de longues et belles ann\u00e9es&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Yvonne Knibiehler a mari\u00e9 pendant toute son existence passion pour la recherche et intense sensibilit\u00e9 aux enjeux sociaux de son \u00e9poque. Jeune professeure agr\u00e9g\u00e9e, apr\u00e8s cinq ans d\u2019enseignement au Maroc, elle publie une premi\u00e8re \u00e9tude sur l\u2019industrie houill\u00e8re marocaine (1956), sujet au premier abord bien \u00e9loign\u00e9 de ceux qui occuperont la majeure partie de sa vie de chercheuse, mais r\u00e9v\u00e9lateur de sa capacit\u00e9 d\u2019observation du monde qui l\u2019entoure et \u00e0 se saisir des questions sociales contemporaines. Cette exp\u00e9rience du terrain colonial nourrit a posteriori son ouvrage de 1985, co\u00e9crit avec R\u00e9gine Goutalier et intitul\u00e9 <em>La femme au temps des colonies<\/em>. Sa th\u00e8se de doctorat d\u2019\u00c9tat, consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019historien aixois Fran\u00e7ois-Auguste Mignet, est, paradoxalement, sa derni\u00e8re contribution \u00e0 une histoire politique et litt\u00e9raire \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb. La future grande sp\u00e9cialiste de l\u2019histoire des femmes y puise toutefois une connaissance aiguis\u00e9e du premier XIXe si\u00e8cle qui \u00e9claire ses deux grands articles publi\u00e9s en 1976 respectivement dans les <em>Annales<\/em> (\u00ab&nbsp;Les m\u00e9decins et la \u00ab&nbsp;nature f\u00e9minine&nbsp;\u00bb au temps du Code civil&nbsp;\u00bb) et dans <em>Romantisme<\/em> (\u00ab&nbsp;Le discours sur la femme&nbsp;: constantes et ruptures&nbsp;\u00bb). Le croisement entre regard m\u00e9dical et statut social et politique des femmes devient un des fils rouges de l\u2019\u0153uvre qu\u2019elle tisse de la fin des ann\u00e9es&nbsp;1970 \u00e0 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des caract\u00e9ristiques de cette \u0153uvre est l\u2019attachement \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e0 plusieurs mains qu\u2019Yvonne Knibiehler a pratiqu\u00e9 avec r\u00e9gularit\u00e9 pendant toute sa carri\u00e8re&nbsp;: citons, entre de multiples autres, les travaux avec Catherine Fouquet (<em>Histoire des m\u00e8res&nbsp;: du Moyen \u00c2ge \u00e0 nos jours<\/em>, 1982&nbsp;; <em>La femme et les m\u00e9decins&nbsp;: analyse historique<\/em>, 1983) et bien s\u00fbr, un ouvrage cher au c\u0153ur de la SHN, <em>La naissance en Occident<\/em>, co\u00e9crit avec Paul Cesbron (2004). Ce go\u00fbt pour le travail collectif s\u2019est traduit jusqu\u2019\u00e0 un de ses derniers articles, co\u00e9crit avec Zo\u00e9 Dubus, issu d\u2019une enqu\u00eate sur les \u00ab&nbsp;childfree&nbsp;\u00bb publi\u00e9e dans la revue <em>Sextant<\/em>, que cette derni\u00e8re \u00e9tait venue pr\u00e9senter \u00e0 la SHN.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette \u00ab&nbsp;f\u00e9ministe iconoclaste&nbsp;\u00bb a explor\u00e9 de nombreux champs de recherche, des repr\u00e9sentations d\u2019une \u00ab&nbsp;nature f\u00e9minine&nbsp;\u00bb \u00e9minemment culturelle, politique et sociale, aux injonctions pesant sur la f\u00e9minit\u00e9 (<em>La virginit\u00e9 f\u00e9minine&nbsp;: mythes, fantasmes, \u00e9mancipation<\/em>, 2012). Elle a \u00e9galement consacr\u00e9 une grande partie de ses travaux \u00e0 l\u2019\u00e9tude des professions de sant\u00e9 \u00e0 dominante f\u00e9minine (infirmi\u00e8res, sages-femmes) et \u00e0 celle de la parentalit\u00e9 (son dernier ouvrage, paru en 2019, s\u2019intitule <em>R\u00e9former les cong\u00e9s parentaux&nbsp;: un choix d\u00e9cisif pour une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9galitaire<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance dit toute sa gratitude \u00e0 Yvonne Knibiehler pour son action d\u00e9cisive et l\u2019ensemble de ses travaux. Elle pr\u00e9sente ses tr\u00e8s sinc\u00e8res condol\u00e9ances \u00e0 la famille d\u2019Yvonne et \u00e0 tous ses proches.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathalie Sage Pranch\u00e8re, pr\u00e9sidente de la SHN<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>En 2011, Marie-France rendait hommage \u00e0 Yvonne Knibiehler, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une table ronde consacr\u00e9e \u00e0 ses travaux. Nous reproduisons ci-dessous sa contribution parue dans Sylvie Clair dir., Table ronde autour d\u2019Yvonne Knibiehler, pionni\u00e8re de l\u2019histoire des femmes, Marseille, Archives de Marseille, 2011.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai l\u2019occasion de travailler avec Yvonne Knibiehler depuis la cr\u00e9ation de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance en 2001. Fond\u00e9e par Paul Cesbron, gyn\u00e9cologue-obst\u00e9tricien exer\u00e7ant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Creil et passionn\u00e9 par l\u2019histoire, et par Yvonne Knibiehler (qui en a assum\u00e9 la pr\u00e9sidence jusqu\u2019en 2005), cette jeune soci\u00e9t\u00e9 savante pr\u00e9sente l\u2019originalit\u00e9 de faire se rencontrer des chercheurs en sciences humaines (historiens, anthropologues, sociologues, philosophes) et des personnels de sant\u00e9 (gyn\u00e9cologues, obst\u00e9triciens, sages-femmes, pu\u00e9ricultrices, infirmi\u00e8res), tous concern\u00e9s par l\u2019histoire de la naissance et les mutations contemporaines des mani\u00e8res de na\u00eetre. Parmi la centaine de membres de la Soci\u00e9t\u00e9, les chercheurs en sciences humaines sont moins nombreux que les personnels de sant\u00e9, et ce sont les sages-femmes qui forment la plus grande partie de nos adh\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 organise \u00e0 Paris quatre journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes par an autour de communications portant aussi bien sur le pass\u00e9 que sur le pr\u00e9sent. Les discussions des expos\u00e9s sont souvent anim\u00e9es, et Yvonne, toutes les fois qu\u2019elle a pu \u00eatre pr\u00e9sente (malgr\u00e9 l\u2019\u00e9loignement d\u2019Aix par rapport \u00e0 Paris), y a toujours particip\u00e9 avec la vigueur qu\u2019on lui conna\u00eet. Avec ses talents d\u2019organisatrice et son esprit de synth\u00e8se, elle a aussi pris une grande part dans la pr\u00e9paration des trois colloques que la Soci\u00e9t\u00e9 a organis\u00e9s. Le premier, en septembre 2002, a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le cinquanti\u00e8me anniversaire de l\u2019accouchement sans douleur. Autour des derniers t\u00e9moins qui ont v\u00e9cu l\u2019aventure de l\u2019ASD aux c\u00f4t\u00e9s de Fernand Lamaze, se sont r\u00e9unis ceux qui souhaitaient r\u00e9fl\u00e9chir aux mutations des pratiques de la naissance depuis cinquante ans. En septembre 2004, un deuxi\u00e8me colloque \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de Nantes avait pour th\u00e8me \u00ab&nbsp;Les sages-femmes d\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui, pour quel avenir&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Il portait sur l\u2019histoire du m\u00e9tier de sage-femme en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et s\u2019interrogeait sur les conditions actuelles de l\u2019exercice du m\u00e9tier. Un troisi\u00e8me colloque a eu lieu les 22 et 23 septembre 2007 \u00e0 Ch\u00e2teauroux, sur un th\u00e8me particuli\u00e8rement cher \u00e0 Yvonne, \u00ab&nbsp;F\u00e9minisme et naissance&nbsp;\u00bb. Il s\u2019agissait d\u2019\u00e9tudier, d\u2019hier \u00e0 aujourd\u2019hui, les liens souvent ambigus entre les mouvements f\u00e9ministes et le v\u00e9cu des femmes pendant la grossesse et la naissance.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2001, en vue de la pr\u00e9paration du colloque sur l\u2019histoire des sages-femmes, Yvonne a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9diger un questionnaire \u00e0 destination des sages-femmes de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes, retrait\u00e9es, en exercice ou encore \u00e9l\u00e8ves dans les \u00e9coles, avec l\u2019id\u00e9e d\u2019effectuer aupr\u00e8s des sages-femmes le m\u00eame travail de collecte de donn\u00e9es qu\u2019elle avait fait pour les assistantes sociales. Elle m\u2019a soumis ce questionnaire (portant \u00e0 la fois sur les origines familiales, la formation et l\u2019exercice du m\u00e9tier) avant sa publication et je n\u2019y ai apport\u00e9 que quelques retouches mineures, tant il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 complet. Le questionnaire est paru en mai 2003, dans le num\u00e9ro 316 des <em>Dossiers de l\u2019Obst\u00e9trique<\/em>, une des revues professionnelles de sages-femmes dont la Soci\u00e9t\u00e9 est proche, et qui est orient\u00e9e vers une critique raisonn\u00e9e de l\u2019hyperm\u00e9dicalisation. Par le biais de la revue, Yvonne a re\u00e7u une soixantaine de t\u00e9moignages, ce qui est peu si on consid\u00e8re qu\u2019il y a environ 12&nbsp;000 sages-femmes qui exercent en France. Yvonne a fait \u00e9tat des premiers r\u00e9sultats de ce questionnaire lors du colloque de la Soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Nantes. Elle aurait pu en rester l\u00e0. C\u2019\u00e9tait mal la conna\u00eetre. Tr\u00e8s vite, elle a cherch\u00e9 \u00e0 recueillir d\u2019autres t\u00e9moignages en contactant des sages-femmes autres que les abonn\u00e9es aux <em>DO<\/em>, en sollicitant d\u2019autres revues, en frappant \u00e0 la porte des \u00e9coles, en collectant des m\u00e9moires publi\u00e9s ailleurs par d\u2019anciennes sages-femmes. Elle a rencontr\u00e9 quelques difficult\u00e9s, la plus inattendue \u00e9tant celle de l\u2019Ordre des sages-femmes, protestant parce que certaines questions (sur les croyances religieuses par exemple), \u00e9taient trop intimes et pouvaient \u00eatre contraires \u00e0 la loi \u00ab&nbsp;Informatique et libert\u00e9s&nbsp;\u00bb&nbsp;; le diff\u00e9rend s\u2019est finalement r\u00e9gl\u00e9, en insistant sur le fait que le questionnaire n\u2019\u00e9tait qu\u2019une trame assez l\u00e2che, pour inciter au t\u00e9moignage, et que les r\u00e9ponses (ou les non r\u00e9ponses) \u00e9taient absolument libres. Cette deuxi\u00e8me moisson a apport\u00e9 \u00e0 Yvonne de nouveaux t\u00e9moignages, souvent longs et riches, qui lui ont permis de d\u00e9marrer la r\u00e9daction du livre <em>Accoucher. Femmes, sages-femmes et m\u00e9decins depuis le milieu du XXe&nbsp;si\u00e8cle<\/em> (ENSP, 2007). En historienne chevronn\u00e9e qu\u2019elle est, elle a tenu \u00e0 ne pas se fier exclusivement aux t\u00e9moignages collect\u00e9s, si beaux soient-ils. Elle s\u2019en explique \u00e0 la page 7 de l\u2019ouvrage&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Aux yeux des historiens, les t\u00e9moignages personnels ne constituent pas des sources s\u00fbres&nbsp;: le m\u00e9morialiste reconstruit souvent le pass\u00e9 en fonction du pr\u00e9sent, et privil\u00e9gie, consciemment ou non, ce qui le valorise. En outre, ici, les t\u00e9moins font manifestement partie d\u2019une \u00e9lite&nbsp;; elles ne repr\u00e9sentent pas l\u2019ensemble de la profession, elles en donnent une image embellie. Pour \u00e9quilibrer, il faudrait interroger les accouch\u00e9es et leurs familles, ainsi que les divers partenaires professionnels des sages-femmes. D\u2019autres le feront. En attendant, ces textes, tels qu\u2019ils sont, posent des questions existentielles que l\u2019on pourra suivre comme des fils rouges tout au long des chapitres.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Yvonne ne s\u2019est pas content\u00e9e des t\u00e9moignages, auxquels elle rend un bel hommage, puisqu\u2019\u00e0 travers de longues citations, ils constituent la s\u00e8ve de son livre. Elle a voulu faire un v\u00e9ritable livre d\u2019histoire en repla\u00e7ant ces t\u00e9moignages dans l\u2019histoire institutionnelle de la profession. Les notes discr\u00e8tes qui \u00e9maillent le bas des pages, disent l\u2019ampleur de ses investigations&nbsp;: d\u00e9bats des assembl\u00e9es, textes de lois, enqu\u00eates de la DREES, de l\u2019INSERM, ouvrages de sociologie ou d\u2019histoire. Au total, son livre rend hommage aux sages-femmes d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, en montrant les mutations profondes qui ont affect\u00e9 la profession depuis les cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. En particulier, il rend compte pour la premi\u00e8re fois des gr\u00e8ves de sages-femmes en 1999 et 2001, mouvement tout \u00e0 fait original et parfois mal compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, si le livre d\u2019Yvonne Knibiehler est un livre d\u2019histoire, c\u2019est aussi, comme bon nombre de ses ouvrages, un livre militant dans le bon sens du terme. Dans son dernier chapitre, \u00ab&nbsp;D\u00e9ceptions et esp\u00e9rances&nbsp;\u00bb, elle revient sur les inqui\u00e9tudes et les revendications des sages-femmes actuelles&nbsp;: refus de l\u2019hyperindustrialisation de la naissance des grandes maternit\u00e9s devenues des \u00ab&nbsp;usines \u00e0 b\u00e9b\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; d\u00e9sir d\u2019une autonomie plus grande qui leur permette de suivre les femmes d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de leurs grossesses&nbsp;; volont\u00e9 d\u2019ouvrir des maisons de naissance (h\u00e9las sans cesse refus\u00e9es pour de multiples raisons). En f\u00e9ministe attach\u00e9e \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience centrale de la naissance dans la vie des femmes, Yvonne Knibiehler est persuad\u00e9e que seule la mobilisation des \u00ab&nbsp;usagers de la naissance&nbsp;\u00bb aux c\u00f4t\u00e9s des sages-femmes pourra influencer dans le bon sens les \u00e9volutions futures des mani\u00e8res de na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais terminer cette br\u00e8ve pr\u00e9sentation par la mention de la modestie et de la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 d\u2019Yvonne. Dans un premier temps, elle souhaitait que son nom ne figure par seul sur la couverture, car elle disait que ce livre avait \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre de tous ceux qui l\u2019avaient aid\u00e9e \u00e0 le construire. Il a fallu la persuader que c\u2019\u00e9tait bien elle seule qui avait fait le gros travail de mise en \u0153uvre et de recherches compl\u00e9mentaires. Ajoutons qu\u2019elle a insist\u00e9 pour que le livre soit sorti pour notre troisi\u00e8me colloque en septembre dernier, afin que les centaines de sages-femmes qui y assistaient puissent l\u2019acheter. Ce n\u2019\u00e9tait pas de sa part un souci mercantile, mais d\u00e9coulait de la conviction (qui lui est v\u00e9ritablement chevill\u00e9e au corps dans toutes ses recherches) que la connaissance de son histoire permet \u00e0 chaque groupe humain de prendre conscience de lui-m\u00eame et d\u2019aller de l\u2019avant. Elle l\u2019\u00e9crit \u00e0 nouveau en introduction de ce livre (page 7)&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019histoire rend aux groupes sociaux un service comparable \u00e0 celui que la psychanalyse rend aux individus&nbsp;: elle \u00e9lucide la m\u00e9moire, pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l\u2019identit\u00e9.&nbsp;\u00bb Dans le m\u00eame esprit, elle n\u2019a pas voulu toucher de droits d\u2019auteur et a demand\u00e9 \u00e0 ce que, \u00e0 la place d\u2019une somme d\u2019argent, l\u2019\u00e9diteur donne une centaine d\u2019ouvrages \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9, pour qu\u2019ils soient distribu\u00e9s \u00e0 tous ceux qui l\u2019avaient aid\u00e9e \u00e0 collecter les donn\u00e9es. Au nom de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance que je pr\u00e9side maintenant apr\u00e8s elle. Qu\u2019elle en soit ici remerci\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-France Morel, historienne de la naissance et de la petite enfance, pr\u00e9sidente de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de la Naissance a perdu sa premi\u00e8re pr\u00e9sidente et sa cofondatrice. Les ann\u00e9es passant, Yvonne Knibiehler avait fini par nous sembler, \u00e0 toutes et tous, au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 et dans les multiples soci\u00e9t\u00e9s savantes et associations auxquelles elle avait contribu\u00e9, \u00e9ternelle. 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